Laurent Fabius, lors de larentrée du gouvernement.
Laurent Fabius, lors de larentrée du gouvernement. - ANTONIOL ANTOINE/SIPA

Céline Boff

Une nouvelle direction va voir le jour au ministère des Affaires étrangères. Elle sera entièrement dédiée aux entreprises et à la «diplomatie économique». Sa création a été annoncée jeudi par le ministre Laurent Fabius qui présentera en début de semaine prochaine un plus vaste «plan d’action» aux ambassadeurs, lors de leur conférence annuelle. L’objectif est clair: favoriser le redressement des exportations, notamment celles des PME et des ETI, les établissements de taille intermédiaire.

70,6 milliards d’euros de déficit commercial

Rappelons que la balance commerciale de la France –c’est-à-dire la différence entre ses exportations et ses importations– est nettement déficitaire, avec un solde qui s’est élevé à -70,6 milliards d’euros en 2011. Un déficit commercial qui ne cesse de s’accroître depuis 2002.

Dans ces conditions, est-il utile de créer une direction des entreprises au Quai d’Orsay, dont le fonctionnement et les moyens sont encore flous? Pour les économistes interrogés par 20Minutes, l’idée est plutôt bonne, même si l’urgence est ailleurs. Pour Frédéric Bonnevay, associé d’Anthera Partners, «il faudrait d’abord se concentrer sur les moyens de rehausser la compétitivité de notre offre avant de chercher à la distribuer de manière plus efficace».

Un excès de demande intérieure

«Si notre balance commerciale est à ce point déficitaire, c’est surtout en raison d’un excès de la demande intérieure, une demande que l’offre domestique ne parvient pas à satisfaire», rappelle Jean-Christophe Caffet, économiste chez Natixis. «Nous avons donc deux solutions: tuer cette demande –c’est ce que font les Grecs ou les Espagnols, par exemple– ou s’en sortir par le haut en dynamisant les exportations. Pour cela, il faut soit diminuer le coût des produits –et donc les salaires et/ou la protection sociale– soit monter en gamme, car les produits français sont actuellement trop chers par rapport à leur positionnement».

Pour Frédéric Bonnevay, l’urgence serait de concentrer les moyens sur les secteurs à forte valeur ajoutée, tels que «l’artisanat, le luxe, l'offre culturelle, la recherche et le développement. Investir à tour de bras dans des secteurs à faible valeur ajoutée, sur lesquels la France ne peut concurrencer des économies dotées de coûts de production moindre, comme certaines filières industrielles, c’est peine perdue». L’économiste souhaiterait également «renouveler l'expérience réussie des investissements d’avenir. Un fort engagement financier de l'Etat de ce type ne peut qu'entraîner une accélération de la croissance».

La question de la fiscalité

Autre piste privilégiée par les experts: abaisser la fiscalité des entreprises. «Ce serait bénéfique pour la croissance et, jouant l'assiette plus que le taux, à terme également pour les recettes fiscales», estime Frédéric Bonnevay. Pour Jean-Christophe Caffet, une telle mesure permettrait «aux entreprises d’abaisser leurs prix de vente à l’export ou d’investir davantage, notamment en recherche et développement». Il rappelle qu’en France, les entreprises sont très peu profitables et que ce sont principalement elles qui ont absorbé les effets de la crise: «Elles ont perdu plus trois points de taux de marge depuis 2008. Celui s’élevait à 27,8% au premier trimestre 2012, ce n’est pas suffisant».

Jean-Marc Ayrault a affirmé, mercredi sur RMC, que le déficit commercial de la France serait réduit à zéro en 2017, hors énergie.