Le rachat du vignoble français par les Chinois ne ferait que commencer

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Publié le 24 août 2012.

ECONOMIE - Les riches chinois qui rachètent des vignobles français, comme ils viennent de le faire pour 8 millions d'euros au château de Gevrey-Chambertin (Côte d'Or), sont annonciateurs d'une vague d'achats qui pourrait à l'avenir s'élargir à d'autres crus prestigieux, selon des experts...

«Ils achètent d'abord des petits domaines, de deux à sept millions d’euros, afin de commencer à connaître le secteur», indique Michael Baynes, de l'agence immobilière Maxwell-Storrie-Baynes spécialisée dans le foncier viticole bordelais. «Pour leur second achat ils investissent un peu plus mais nous n'avons pour l'heure qu'un seul client avec un budget supérieur à 50 millions d’euros alors qu'un grand cru c'est minimum 100 millions pour commencer à discuter», souligne-t-il.

>> Bourgogne: Un Chinois s'offre un domaine viticole

Des petits pas avant de plus grands

«Ce sont des achats de faible valeur unitaire où est privilégié la qualité de la bâtisse, son environnement et un nom qui peut être porteur sur le marché chinois», confirme le président du Comité interprofessionnel des vins de Bordeaux, Georges Haussalter.

Antoine Lam, consultant qui a servi d'intermédiaire pour le rachat d'une marque de Cognac par la société Cartak, souligne aussi que son client, comme d'autres, a aussi voulu «monter en gamme et pouvoir dire qu'ils font du Made in France» pour «une question de communication par rapport à leur clientèle».

Olivier Vizerie, de Millésime Immobilier à Libourne, dit avoir réalisé «trois ventes en quatre mois» et avoir un client désireux d'acheter «entre dix et quinze propriétés» pour «faire du business» mais selon lui ces investisseurs «sont encore prudents».

Michael Baynes indique que «les Américains ou les Sud-africains investissent davantage en valeur», tout comme les Japonais récents acquéreurs de château Lagrange ou Beychevelle, crus classés en appellation Saint-Julien ou l'hectare se négocie à 1,1 millions d'euros.

La trentaine d'acquisitions chinoises dans le Bordelais depuis 2008 se situe en appellation Bordeaux supérieur ou Côte de Bordeaux, où l'hectare se négocie autour de 15.000 euros, loin des 200.000 à Saint-Emilion ou 1 million à Margaux. Aujourd'hui environ 45 domaines sont la propriété d'investisseurs belges, les Chinois arrivant désormais en deuxième position depuis une vague d'achat en 2011.

Les vins «se vendent dix fois plus chers en Chine»

Mais si ces investisseurs chinois se montrent pour l'heure prudents, Li Lijuan, oenologue qui a travaillé auprès de l'acquéreur du château Grand Moueys en 2012, prédit que «d'ici cinq à dix ans on pourra assister à l'achat de propriétés classées» donc plus chères. L'investissement, dit-elle, est logique: les vins «se vendent dix fois plus chers en Chine».

Pour l'heure, le président du CIVB ne veut pas parler «de ruée». «30 propriétés en quatre ans, sur les 8.000 que compte Bordeaux c'est encore marginal». Mais Georges Haussalter espère que «ce mouvement sera durable car il est bénéfique pour la profession ». «Pour consolider notre place de leader en Chine les investisseurs chinois sont les meilleurs ambassadeurs auprès de leurs compatriotes», estime-t-il. Ailleurs, «l'arrivée des Chinois» n'est pas toujours appréciée.En Côte d'Or la Société d'aménagement foncier et d'établissement rural (Safer) a tenté de contrer la vente du château de Gevrey-Chambertin mais n'a pu pré-empter, le bien étant en indivision.

«Défendre les trésors», plaide le FN

Le Front national a dénoncé le rachat en appelant dans un communiqué la France à «défendre ses trésors».

Dans le Bordelais, les intermédiaires observent que les acquéreurs laissent les équipes en place et ne touchent pas à la qualité. «Le profil type de l'investisseur est un homme qui a réussi dans les affaires, qui aime le vin et se fait plaisir en diversifiant son patrimoine», note Georges Haussalter.

Pour Stéphane Defraine, président de l'Organisme de gestion de l'Entre-deux-mers où la majorité des acquisitions chinoises ont été effectuées, «il vaut mieux qu'ils achètent ici plutôt qu'en Amérique du sud ou en Australie. Cela profitera à l'économie locale, et c'est un patrimoine qui n'est pas délocalisable», dit-il.

Avec AFP
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