La ministre russe du Développement économique Elvira Nabiullina et le directeur général de l’OMC Pascal Lam après la signature de l’accord d’adhésion de la Russie à Genève le 16 décembre 2011.
La ministre russe du Développement économique Elvira Nabiullina et le directeur général de l’OMC Pascal Lam après la signature de l’accord d’adhésion de la Russie à Genève le 16 décembre 2011. - Martial Trezzini/AP/SIPA

Claire Planchard avec Reuters

Le «voyage» a été «long» pour Moscou, mais Pascal Lamy ne s’attend pas à un «Big Bang» économique. Dans le sobre communiqué publié mercredi pour l’occasion, le directeur général de l’OMC admet tout juste que cette adhésion va «sans aucun doute renforcer le système de commerce multilatéral». En clair, le miracle économique que la Chine a connu après son adhésion en 2001 ne devrait pas se reproduire pour la Russie.

Une économie singulière

Première explication: ses exportations portent essentiellement sur le pétrole et le gaz qui ne sont pas sujets à des barrières commerciales. Autre point faible: la Russie n'est pas une terre propice à la délocalisation, les coûts du travail y étant trop élevés.

Enfin, dans un contexte économique international dégradé, marqué par des flux d'investissement et de commerce moins intenses qu'il y a dix ans, la Russie va devoir se battre pour attirer le même niveau d'investissement que son voisin chinois.

L'organisation de l'ONU chargée du commerce, l'UNCTAD, a ainsi admis que l'entrée à l'OMC «pourrait ne pas avoir un effet important sur les investissements directs étrangers» pour les industriels russes.

Allègement progressif des barrières douanières

Toutefois, l’opération ne sera pas complètement nulle et la Russie devrait  tirer plusieurs avantages de cette adhésion. Les barrières commerciales à l'étranger coûtent environ chaque année entre 1,5 milliard et 2 milliards de dollars aux exportateurs russes. L'entrée dans l'OMC va donc permettre à la Russie d'obtenir une baisse des tarifs douaniers, l'organisation établissant un traitement égal pour tous ses membres.

Moscou devra également faire évoluer ses propres barrières commerciales. En moyenne, le pays devrait appliquer une taxe douanière de 7,8% sur les produits, (contre 10% en 2011) et a pris des engagements spécifiques dans 11 secteurs de service, précise le communiqué de l'OMC. Ainsi, les tarifs imposés à l'entrée aux voitures étrangères devront être revus d'ici 2019.

Conséquence, la baisse des prix des produits importés permettra aux consommateurs et aux entreprises russes de disposer de plus d'argent à dépenser. Certes, certains secteurs devraient souffrir de la baisse des tarifs douaniers, en particulier l'automobile, mais d'autres comme les banques et les télécoms vont s'ouvrir aux investissement étrangers.

Jusqu’à 162 milliards de dollars par an

Par ailleurs, la Russie souffre d'une réputation de capitalisme de connivence, de lourdeurs administratives et de mépris des droits des investisseurs. L'entrée à l'OMC, qui a le soutien du président Vladimir Poutine et qui est liée à un calendrier strict, devrait inciter le Kremlin à mettre en oeuvre rapidement les réformes nécessaires.

La Banque mondiale a calculé, sur la base des prix de 2010, que l'entrée à l'OMC devrait rapporter à la Russie à court terme pas moins de 49 milliards de dollars par an, soit au moins 3% du produit intérieur brut (PIB). Ce montant pourrait atteindre 162 milliards de dollars par an une fois pris en compte à long terme le climat d'investissement.