Google avait répondu à toutes ses attentes. En 2004, l’introduction en bourse de ce géant du Net avait donné à l’Etat de Californie un beau regain financier. En trois ans seulement, cette opération lui avait permis d’empocher pas moins de 7 milliards d’euros grâce à des rentrées d’impôts supplémentaires.
Avec l’arrivée en bourse de Facebook, Jerry Brown, le gouverneur démocrate de la Californie, s’attendait logiquement à une nouvelle divine idylle. Les retombées avaient même été chiffrées par le cabinet d’analyse budgétaire du parlement de cet Etat où Facebook a son siège social. En tablant sur une valorisation du réseau social autour de 100 milliards de dollars, le cabinet estimait à «10 milliards de dollars les revenus supplémentaires pour les habitants de la Californie».
Deux milliards de recettes fiscales attendues
Du coup, l’Etat pensait pouvoir récupérer en un an environ deux milliards de dollars de recettes fiscales supplémentaires. Sauf qu’entre-temps, Facebook a perdu la moitié de sa valeur - sa valorisation est passée sous la barre des 45 milliards de dollars – et son action frôle à peine les 20 dollars, très loin du cours de 35 dollars envisagé. Ce qui doit donner le sourire à tout ceux qui n'ont pas pu acheter d'actions Facebook. Mais pas à l’Etat de Californie, qui avait bien besoin de cette somme.
Pas pour mettre un peu plus de cheddar dans ses burgers, mais pour venir combler une partie de son déficit budgétaire, qui culmine à 16 milliards de dollars. Il va donc devoir trouver de nouvelles recettes. Et sans doute opter pour de nouvelles coupes.
L’Etat californien n’est pas le seul confronté au casse-tête Facebook. Le réseau social, qui a longtemps fait tourner les têtes, donne aujourd’hui la migraine à ses investisseurs. Ça a commencé quelques jours seulement après son lancement en bourse, avec le dépôt de plusieurs plaintes en nom collectif d’investisseurs s'estimant lésés par cette introduction ratée.
Goldman Sachs «like» moins Facebook
Ces derniers ont porté plainte contre Facebook, mais également contre ses trois banques conseil, dont la célèbre Goldman Sachs. Qui cumule les déconvenues. Goldman Sachs fait partie des actionnaires historiques de Facebook, et plus particulièrement de ceux qui ont la possibilité, depuis jeudi, de vendre leurs actions. Ses intérêts valant désormais 900 millions d’euros, elle est confrontée à un dilemme, comme l’explique l’agence Bloomberg: vendre dès à présent et réaliser de petits bénéfices ou alors patienter, tout en risquant de nouvelles pertes.
Car les résultats de cette banque, qui avait investi, début 2011, 450 millions de dollars dans Facebook et réussi à placer plus de un milliard de dollars d’actions du réseau social auprès de ses clients, ne sont pas au beau fixe. Sur le deuxième trimestre 2012, le bénéfice net de la banque a chuté de 12% à 927 millions de dollars, soit 1,78 dollar par action, contre 1,85 dollar un an plus tôt.
Peu s’émouvront toutefois de ces difficultés. Même si le département américain de la justice vient de décider de ne pas poursuivre Goldman Sachs dans l’affaire des «subprime», on se souvient que la banque avait été condamnée à verser une amende de 550 millions de dollars pour avoir vendu des produits toxiques, initiant la crise des subprimes. Le placement d’actions Facebook auprès de ses clients avait par ailleurs attiré l’attention de la SEC, le gendarme de la Bourse américaine, qui avait décidé d’ouvrir une enquête préliminaire sur ces marchés dits secondaires, qui permettent d'échanger des parts de sociétés non cotées – ce qui était le cas de Facebook à cette époque.