A 71 ans, Salah Oudjane, mémoire algérienne d'un quartier industriel de Roubaix, a réussi à sauver de la démolition le café qu'il tient depuis 46 ans et qui s'élève désormais seul, figé dans le temps, au milieu d'un terrain vague
A 71 ans, Salah Oudjane, mémoire algérienne d'un quartier industriel de Roubaix, a réussi à sauver de la démolition le café qu'il tient depuis 46 ans et qui s'élève désormais seul, figé dans le temps, au milieu d'un terrain vague - Denis Charlet afp.com

M.B.

La précarité touche inégalement les territoires. Ce constat maintes fois dressé est éclairé par une nouvelle étude inédite sur le taux de pauvreté (moins de 954 euros par mois) dans les 100 plus grandes villes de France, réalisée par le bureau d’études Compass et publiée récemment dans La Gazette des Communes.

La pauvreté touche plus les villes

Et la crise fait des ravages. En 2009, la France comptait ainsi 8,2 millions de personnes pauvres contre 7,8 millions un an auparavant. Les données du Compas illustrent que la pauvreté se concentre dans les villes de grande taille. Elles rassemblent un tiers des ménages précaires alors qu’elles ne regroupent qu’un cinquième de la population. «La ville attire les plus démunis, car on y trouve le plus d’opportunités de logement et d’emploi», rappelle Hervé Guéry.

La pauvreté est aussi plus forte dans les villes des départements d’outre-mer comme Saint-Pierre à La Réunion, 46 %, tout comme dans celles souffrant de la désindustrialisation à l’instar de Roubaix (Nord). Viennent ensuite les communes périphériques des grandes agglomérations à l’instar de Vénissieux (Rhône-Alpes) avec un taux de 32%, où l’emploi peine à se développer, et certaines villes du Sud de la France particulièrement touchées par le chômage comme Avignon (30 %), Nîmes (29 %). Situation plus contrastée pour Marseille (Bouches-du-Rhône) et Lille (Nord) avec 26 et 27%. «On y trouve une pauvreté importante et un dynamisme économique», note le directeur du Compas.

L’Ouest parisien épargné

A l’inverse, les villes de l’Ouest parisien sont épargnées, avec un taux de 7% pour Versailles (Yvelines) ou encore Neuilly (Hauts-de-Seine), «qui se caractérisent à la fois par la présence d’une population très aisée et par une offre faible en logements sociaux».

Quimper (Finistère) et Cholet (Maine-et-Loire ) avec des taux de 13 à 14% sont des cas intéressants. «Ces communes se distinguent par un certain dynamisme économique, par une part de la population issue de l’immigration – davantage touchée par la pauvreté – qui reste modeste et par un moindre écart entre les revenus des plus riches et ceux des plus précaires», souligne l’étude.

Directeur de l’Observatoire des inégalités, Louis Maurin invite les communes à  «poursuivre le travail entrepris par Le Compas pour connaître leur pauvreté locale». A Strasbourg par exemple, il a permis de fixer les seuils des tarifs des transports en commun ou à déployer les équipes municipales là où les besoins sont les plus forts.