De nombreux salariés sont en arrêt maladie en raison de surmenage ou dépressions
De nombreux salariés sont en arrêt maladie en raison de surmenage ou dépressions - Mychèle DANIAU / AFP

Mathieu Bruckmüller

Depuis 2008, le montant des indemnités journalières versé par l’assurance maladie pour des arrêts de travail ne cesse de progresser. Il atteint 11,3 milliards d’euros par an, soit 5% des dépenses de santé, alors qu’il avait diminué de 0,5% entre 2003 et 2008.

Mais ce phénomène est très inégal selon les départements relève une instructive étude de l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (IRDES). En 2005, il a touché 13% des travailleurs dans les Hautes-Alpes contre 28% dans les Ardennes. Et pour la Cour des comptes, dans un rapport publié en 2006, «les fortes différences territoriales existantes ne peuvent guère être expliquées par la structure socioprofessionnelle de la population active dans ces départements».

Contrôle des arrêts

Selon l’IRDES, le premier facteur d’explication réside dans la fréquence des contrôles des arrêts maladie. Si le taux moyen en France est de 13 %, il varie fortement d’un département à l’autre: du plus bas, 10 % en Mayenne, au plus haut, 17 %  dans la Nièvre.

Le second concerne l’offre  médicale.  «Un département avec une densité de médecins élevée peut se caractériser par une fréquence des arrêts maladie  plus forte parce qu’il offre un accès plus  facile aux soins. Par ailleurs, un département à densité médicale élevée renforce la  concurrence entre médecins, ce qui peut  augmenter leurs prescriptions vis-à-vis de  leurs patients, leur rémunération dépendant du nombre de patients», pointe l’IRDES.

Métiers pénibles

La variable individuelle n’arrive qu’en troisième place. En résumé, plus le malade est entré tôt sur le marché du travail, plus le risque d’arrêt de travail est élevé. Il atteint 27,5% pour les personnes qui ont commencé avant 18 ans contre 17,2% pour ceux qui sont entrés après 27 ans. Il y a fort à parier que les premiers exercent davantage des métiers durs. «La pénibilité du secteur de  travail est l’un des effets de contexte expliquant les arrêts maladie. En effet, ils sont plus fréquents dans les secteurs caractérisés par un effort physique important et répétitif», note l’étude. 28,2% des salariés de l’industrie ont eu un arrêt de travail contre 22,1% dans les services.

Autre enseignement, ceux qui bénéficient du régime particulier d’assurance Alsace-Moselle( Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle) ont plus d’arrêt-maladie (28%) que la moyenne nationale (23%). Un écart qui s’explique par des indemnités plus avantageuses qu’ailleurs dans l’Hexagone.

A terme, il sera d’ailleurs intéressant de voir l’incidence de la décision en novembre dernier par le gouvernement Fillon d’abaisser le plafond d’indemnisation à 40,40 euros par jour contre 48,40 euros auparavant. Une mesure qui frappe tous les salariés rémunérés au-delà de 2.500 euros bruts par mois et qui doit rapporter 150 millions d’euros d’économies en année pleine.