Traité budgétaire de stabilité européen: La France doit-elle vraiment se serrer la ceinture?

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Publié le 13 août 2012.

CONJONCTURE – A gauche, plusieurs parlementaires clament haut et fort qu'ils voteront contre le traité budgétaire de stabilité européen, notamment en raison de la trop forte rigueur qu'il impose...

La pression monte. Alors que le Conseil constitutionnel vient de donner son feu vert au traité européen de Bruxelles, plus précisément nommé traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), plusieurs parlementaires de gauche préviennent déjà qu’ils voteront contre ce texte.

Depuis jeudi, les interviews se multiplient dans les médias. A commencer par celle du député PS Jérôme Guedj dans Libération. Il estime qu’avec ce traité «on ne pourra pas prendre des mesures contracycliques, mener des politiques de relance économique qui, parfois, sont nécessaires pour relancer la croissance. (…) Je ne me reconnais pas dans ce traité d’austérité budgétaire, et la règle d’or est une chape de plomb pour la croissance». 

«L’austérité à vie»

Sur France Info, la sénatrice PS Marie-Noëlle Lienemann a également affirmé qu’elle ne votera pas ce traité. «Tout cela me parait d'un grand danger, c'est l'austérité à vie. (…) Nous serons bridés dans notre croissance si nous votons cela». 

Le député socialiste Razzy Hammadi s’est invité dans le débat via un communiqué de presse, dans lequel il juge que les politiques d’austérité menées en Europe sont «injustes» et «inefficaces». «Le traité budgétaire européen gravera cette politique dans le marbre, quel que soit le choix des citoyens».

Enfin, dans une interview accordée au Figaro, François de Rugy, co-président du groupe écologiste à l’Assemblée nationale, a expliqué qu’il se prononcera également contre ce texte, estimant qu’il «est inadapté à la crise».

Fin juillet, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) avait taclé la stratégie d’austérité conduite par les pays de la zone euro. Pour cet observatoire, atteindre un déficit public de 3% à la fin 2013 et arriver à l’équilibre des finances publiques en 2017 pourrait «se justifier si nous étions sur une trajectoire de sortie de crise, mais ce n’est pas le cas».

La rigueur pourrait provoquer 20 plans sociaux à la PSA

L’économiste Eric Heyer estime ainsi que cette politique ne fait que «briser la reprise de l’activité et progresser le chômage». Selon l’OFCE, la politique d’austérité menée en France devrait se traduire par un chômage supérieur à 10% jusqu’à 2017. Il pourrait même, si la situation se dégrade encore, dépasser la barre des 11% dès 2014. Cette stratégie coûterait alors plus de 160.000 emplois en cinq ans au pays – soit vingt plans sociaux comme celui de PSA. 

L’OFCE milite donc pour des engagements moins forts, par exemple pour «contenir le déficit structurel en dessous de 0,5 point de PIB». Dans ce scénario, la France pourrait stopper sa politique d’austérité dès 2014. Ce qui lui permettrait malgré tout de faire baisser le déficit public (de 0,3 point de PIB chaque année sur la période) et de faire baisser le chômage dès 2015. Il y aurait malgré tout des destructions d’emplois industriels, mais avec cette stratégie, près de 230.000 emplois seraient sauvegardés ou créés en cinq ans, et le chômage baisserait de 205.000 personnes.

«Les marchés nous offrent des taux d’intérêts très faibles»

Un point de vue que ne partage pas Michel Didier, président de Coe-Rexecode et membre du Cercle des économistes. «Certes, réduire le déficit public a un effet sur l’activité, on ne peut pas le nier, mais si nous le faisons pas, nous encourons un risque encore plus grand, celui d’être confronté à une crise financière et de devoir mener une politique de rigueur encore plus forte, plus tard», estime l’économiste, qui insiste: «Si l’OFCE parvient à ces chiffres, c’est parce qu’il ne prend pas en considération ce risque financier».

D’après lui, la France récolte d’ores et déjà les bénéfices de cette politique de rigueur: «Le gouvernement a annoncé une feuille de route, il s’y tient et ça fonctionne: les marchés nous offrent des taux d’intérêts très faibles. Ce qui nous permet d’ailleurs d’être moins rigoureux». L’économiste plaide toutefois pour davantage d’allègements de charges pour les entreprises, afin de relancer la compétitivité de la France, et donc de mieux répartir les efforts entre les prélèvements et les dépenses de l’Etat.

Céline Boff
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