L'Espagne n'exclut plus une demande d'aide et redouble de rigueur

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Publié le 4 août 2012.

L'Espagne a annoncé vendredi un plan prévoyant cent milliards d'euros d'économies d'ici à 2014, mais, toujours asphyxiée sur les marchés malgré cet effort de rigueur, elle n'exclut plus une demande d'aide financière à ses partenaires européens.

"Ce ne sont pas des réformes aimables, ni populaires", mais elles sont "indispensables", a lancé le chef du gouvernement de droite, Mariano Rajoy, dressant le bilan de ses sept mois à la tête du pays, ponctués de mesures d'austérité sans précédent dans l'histoire de la démocratie espagnole.

Le Conseil des ministres venait alors d'adopter un plan budgétaire totalisant 102 milliards d'euros d'économies d'ici à 2014, exigé par Bruxelles qui, en juillet, avait accordé en contrepartie à l'Espagne un assouplissement de ses objectifs de déficit.

Ce plan, envoyé vendredi à la Commission européenne, inclut les 65 milliards d'économies déjà annoncées en juillet. S'y ajoutent d'autres mesures, pour partie imputées aux régions autonomes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

Après les coupes dans le fonctionnement des ministères, les allocations chômage, les salaires des fonctionnaires, ou la hausse, très impopulaire, de la TVA à partir de septembre, Mariano Rajoy a cependant assuré qu'il ne "toucherait pas" aux retraites, une promesse emblématique de sa campagne électorale en 2011.

Aucune décision, a-t-il ajouté, n'a en revanche été prise sur le maintien, au-delà du 15 août, de l'allocation mensuelle de 400 euros pour les chômeurs de longue durée, demandée avec force par l'opposition socialiste.

"Nous allons poursuivre notre engagement sur le chemin des réformes et la lutte pour assainir les comptes publics", a assuré Mariano Rajoy, tout en prévenant que son gouvernement "ne ferait pas de miracles".

Objectif: réduire le déficit public, qui a dérapé à 8,9% en 2011, jusqu'à 6,3% cette année, 4,5% en 2013 et 2,8% en 2014.

Mais le pays, quatrième économie de la zone euro, retombé en récession, miné par un taux de chômage de 24,63%, continue à faire face malgré ses efforts à d'importants problèmes de financement.

Et après avoir accepté à reculons, en juin, une aide européenne pour les banques, qui pourra atteindre cent milliards d'euros, Mariano Rajoy ne semble plus désormais exclure un sauvetage plus large, que Madrid a farouchement rejeté jusqu'à présent.

Jeudi, le président de la BCE, Mario Draghi, a lié ouvertement toute intervention de la Banque centrale sur le marché de la dette à de nouveaux efforts budgétaires des pays les plus fragiles, comme l'Espagne et l'Italie.

Mariano Rajoy a expliqué vendredi qu'il voulait "étudier" les nouvelles mesures envisagées par la BCE, qui devront passer par une demande d'aide, avant de décider s'il y ferait appel.

"Je veux connaître ces mesures", savoir "si elles sont adéquates", et "alors je prendrai la meilleure décision pour l'intérêt général des Espagnols", a-t-il déclaré.

"Nous ne pouvons pas agir de façon irresponsable", a-t-il affirmé, qualifiant de "très difficile" la situation qu'affronte l'Espagne sur les marchés.

Après l'absence de mesures concrètes dans le discours jeudi du président de la BCE, les marchés, boursier comme obligataire, avaient plongé.

Mais les investisseurs semblaient reprendre confiance vendredi dans une action prochaine de la BCE.

"Dans le cadre de son mandat, la BCE va intervenir sur les marchés de dettes souveraines", assurait le broker en ligne Aurel BCG dans une note d'analyse.

Du coup, l'euphorie a gagné la Bourse de Madrid, qui a terminé en hausse de 6%. Celle de Milan s'est envolée de 6,34%. Les taux se sont également détendus sur le marché de la dette.

Reste à savoir combien de temps il faudra à l'Espagne pour se résoudre, une deuxième fois, à appeler à l'aide, un scénario déjà vécu comme une humiliation dans le cas du sauvetage bancaire au mois de juin.

"Les événements de la dernière semaine mettent en évidence, une fois de plus, le manque de souplesse qui existe dans la zone euro pour résoudre les problèmes financiers de la région, une lenteur qui retarde beaucoup trop la prise de décisions, provoquent des problèmes qui s'enracinent et s'aggravent", avertissaient vendredi les analystes de Link Securities.

© 2012 AFP
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