Le sauvetage de l'euro va impliquer partout des pertes de souveraineté nationale difficiles à gérer sur le plan politique, comme le montre le cas de la Grèce où cette situation a conduit à la convocation d'un référendum à haut risque.
Le sauvetage de l'euro va impliquer partout des pertes de souveraineté nationale difficiles à gérer sur le plan politique, comme le montre le cas de la Grèce où cette situation a conduit à la convocation d'un référendum à haut risque. - Daniel Roland afp.com

M.B. avec agences

Face à la crise des dettes souveraines qui s’accentue chaque jour un peu plus, les Etats membres de la zone euro et la Banque Centrale Européenne (BCE) sont prêts à sortir l’artillerie lourde. D’après le quotidien Le Monde qui cite des sources, non identifiées, ces derniers préparent une action concertée pour limiter l'envolée des taux d'intérêt de l'Espagne et de l'Italie, insoutenables pour leurs finances publiques.

Convaincre l’Allemagne

Dans un premier temps, le Fonds européen de stabilité financière (FESF), ou son successeur à partir de septembre, le Mécanisme européen de stabilité (MES) achèteraient de la dette émise par Madrid ou Rome, sur le marché primaire pour leur permettre de se financer à un coût raisonnable. Lorsque cette action sera menée, la BCE relancerait son programme de rachat d'obligations sur le marché secondaire et les contraintes budgétaires de l'Espagne seraient allégées. Dans un second temps, le MES obtiendrait une licence bancaire pour bénéficier de la garantie de la BCE, ce qui, souligne Le Monde, suppose de convaincre l'Allemagne.

L’ensemble du dispositif serait finalisé dans quelques jours, voire quelques semaines. Ces informations du quotidien du soir vont dans le sens des propos du patron de la BCE, Mario Draghi, tenus jeudi où il a dit que son institution était «prête à tout pour préserver l'euro». François Hollande et Angela Merkel, au cours d'un entretien téléphonique ont également indiqué vendredi qu'ils étaient prêts à faire tout ce qui était nécessaire pour sauver la zone euro. 

Signe que les choses bougent aussi du côté de Berlin, le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble s'est félicité vendredi du discours du patron de la BCE. Ces déclarations s'inscrivent «dans le cadre du mandat de la BCE qui est de prendre les mesures nécessaires à la préservation de l'euro», a souligné le ministre, qui a toutefois jugé que ces mesures devaient être prises à la condition que des réformes soient menées dans les pays en difficultés. Il semble bel et bien que l’Allemagne infléchisse quelque peu son discours. En effet, jusqu’ici, elle s’est toujours vigoureusement opposée à une intervention trop forte de la BCE sur les marchés, de peur que le rachat de dettes ne fasse bondir l’inflation.

Les marchés financiers satisfaits

Les investisseurs semblaient rassurés. Vendredi après-midi, les Bourses européennes accentuaient leurs gains et les taux italiens et espagnols se détendaient nettement. Sur le marché obligataire, là où s'échangent les titres de dette déjà émis par les Etats, le taux espagnol à 10 ans se détendait nettement à 6,703% contre 6,928% la veille à la clôture. De son côté, le taux italien, qui était déjà repassé sous les 6% dans la matinée, reculait encore à 5,874% contre 6,056% la veille.

«La réaction, à court terme, des marchés confirme que la solution à la crise en Europe ne réside pas seulement dans l’empilement de plans de rigueur… La BCE est la seule entité capable d’éviter que l’Espagne se voit couper l’accès au marché», analysent les économistes d’Aurel BGC. 

L’Espagne contre un plan de sauvetage

Mais le gouvernement espagnol a affirmé vendredi qu'il n'y «aura pas de sauvetage» global du pays, malgré les difficultés qu'il rencontre pour se financer sur les marchés, et que cette option, évoquée par de nombreux analystes, «n'est pas envisagée». Le quotidien économique espagnol El Economista évoquait mercredi un plan d'aide de 300 milliards d'euros, qui permettrait à l'Espagne de financer ses déficits au moins pendant un an et demi. Ce plan s'ajouterait à l'aide financière déjà promise par l'Eurogroupe pour les banques espagnoles, et dont le montant pourrait atteindre 100 milliards d'euros.

Une nouvelle réduction de la dette grecque?

Et pendant ce temps, la crise couve toujours en Grèce.  A Athènes, au lendemain de la visite du président de la Commission européenne José Manuel Barroso, qui a réclamé «des résultats» aux Grecs pour pouvoir rester dans la zone euro, le premier Ministre  s'est penché vendredi en fin de matinée avec les experts de la troïka (BCE, FMI et Commission européenne) sur le dossier délicat de nouvelles économies de 11,5 milliards d'euros pour 2013 et 2014.

Selon Reuters, les responsables européens ont dit vendredi travailler à un plan «de la dernière chance» pour faire baisser l'endettement de la Grèce et maintenir ainsi le pays dans la zone euro, via une nouvelle restructuration de la dette supposant des pertes importantes pour la Banque centrale européenne (BCE) et les banques centrales nationales. Les créanciers privés ont déjà accepté une décote importante de leurs avoirs obligataires grecs en février, lors de la définition du deuxième plan d'aide pour Athènes, qui semble aujourd'hui à son tour insuffisant pour remettre le pays sur les rails.

Désormais, l'objectif du plan actuellement en discussion serait de réduire l'endettement de la Grèce de 70 à 100 milliards d'euros. La BCE et les banques centrales nationales supporteraient le coût de cette restructuration qui pourrait nécessiter de les recapitaliser, ont précisé les responsables européens. Les responsables européens ont estimé qu'une nouvelle restructuration de la dette grecque était l'opération de la dernière chance pour rétablir la solvabilité du pays alors que l'objectif d'un retour de son ratio d'endettement à 120% du PIB à l'horizon 2020 est considéré comme hors d'atteinte.