J'ai testé pour vous: Se faire pirater son compte bancaire

16 contributions
Publié le 25 juillet 2012.

GALÈRE - Le vol, non pas d'une carte de paiement, mais de ses coordonnées bancaires, est un phénomène en plein développement. Du coup, ça n’arrive plus qu'aux autres...

A la rédaction de 20 Minutes, il y a des journalistes qui testent des trucs vachement cool. Moi, je me suis fait pirater ma CB. Mes confrères, comme on dit dans le milieu, ont trouvé l’histoire suffisamment cool pour être racontée.

Chapitre 1: Comment les choses se sont passées

Tout a commencé par un coup de fil. Bien trop matinal en ce samedi pluvieux.

-«Bonjour, c’est votre banque. 
-Ah…
-Nous pensons que votre compte est peut-être victime d’un piratage.
-Ah… Et qu’est-ce qui vous fait penser ça?
-Et bien, est-ce vous qui avez, hier, à 11h03, réglé un achat de 287 euros, puis à 11h14, de 829 euros, puis à 11h22, de 111 euros, puis…»

Montée de transpiration.

-«Attendez… Deux secondes…
-Bon. Il y en a pour plus de 2.000 euros.»

Surmontée de transpiration.

-«Non, non, je vous jure, ce n’est pas moi! Je ne comprends pas, ma carte bleue est bien là…
-Auriez-vous répondu à un courriel vous demandant vos coordonnées bancaires?»

Sourires.

-«Jamais au premier mail.»

Blanc.

-«Ok, je voulais dire: je n’ai jamais répondu à un tel mail.
-Avez-vous réglé un achat en ligne?
-Oui, j’ai effectivement acheté tel article il y a trois jours… Que dois-je faire maintenant?
-Voulez-vous que je fasse opposition?
-Rho, oui, ça me semble être un bon début… En fait, je voulais dire, que dois-je faire pour le remboursement?
-Ne vous inquiétez pas, je m’occupe de tout.»

Aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est à partir de ce moment précis que les choses se sont réellement compliquées. Pas seulement parce que vivre sans carte bleue, c’est un peu comme marcher nu dans la rue (enfin presque). Mais parce que:
-Mon banquier a finalement omis de faire opposition… mais pas de débiter mon compte.
-Il a fallu lui envoyer un courrier pour lister les dépenses intempestives de mon hacker d’enfer… avant de recevoir un appel de mon banquier pour m’expliquer que le remboursement était en fait conditionné à un dépôt de plainte.
-Il a donc fallu aller au commissariat. Autrement dit, prendre son mal en patience… et se voir refuser le dépôt de plainte. «Non, madame. Les banques savent très bien qu’il ne faut pas de plainte pour rembourser les clients», qu’il me dit, le policier.
-Il a donc fallu écrire un nouveau courrier afin de rafraîchir la mémoire à géométrie variable de mon banquier… et attendre trois semaines pour recevoir une nouvelle CB… et attendre encore dans l’espoir fou de revoir la couleur de mon argent avant l’an 2030.

Chapitre 2: Comment les choses auraient dû se passer

«Une ordonnance affirme qu’un compte débité frauduleusement doit être recrédité immédiatement par la banque. Le délai n’est pas fixé, mais en pratique, il ne doit pas excéder le mois», explique Serge Maître, responsable du service juridique de l’Association française des usagers des banques (Afub). Autrement dit: en théorie, le particulier devrait être remboursé sans avoir à adresser ni coup de fil, ni courrier, et encore moins déposer plainte.

Chapitre 3: Comment les choses peuvent mieux se passer

Le chapitre ci-dessus est souvent théorique. «Nous assistons depuis un an à une véritable résistance des banques», lance Serge Maître, «à tel point que les litiges liés aux fraudes à la carte de paiement sont la troisième source de plaintes que nous recevons à l’AFUB, après les problèmes de tarifications bancaires et de crédits.»

L’association reçoit, chaque jour, plus d’une trentaine de plaintes à ce sujet. Les excuses le plus souvent mises en avant par les banques pour ne pas rembourser leurs clients? L’absence d’assurance, de dépôt de plainte et même la responsabilité du client («vous avez fait une faute, cela n’arrive jamais»). Aucune de ces raisons n’est évidemment valide.

Voici donc les étapes à respecter pour espérer un remboursement rapide:
-Appeler sa banque pour dénoncer les opérations frauduleuses.
-Confirmer cette dénonciation –et exiger un remboursement immédiat– dans un courrier avec accusé de réception adressé au directeur de l’agence bancaire. Un modèle de lettre, rédigée par l’AFUB, peut être téléchargé ici: http://www.afub.org/modele_lettre_CB.php

D’après l’Afub, les usurpations de cartes bleues progressent de 17 à 25% chaque année. «Aujourd’hui, les banquiers disent qu’ils ont la parade absolue avec le système 3D Secure (voir encadré). C’est loin d’être le cas, car tous les opérateurs n’ont pas souscrit ce système et tous les usagers ne souhaitent pas payer davantage pour assurer la sécurité de leur carte bleue. Par ailleurs, rien n’empêche un hacker de s’emparer de vos coordonnées bancaires et de réaliser des achats aux Etats-Unis ou en Patagonie. La carte bleue est encore une passoire.»

Reste qu’au final, les véritables victimes sont les e-commerçants: ce sont à eux que les paiements sont annulés. 

>> Votre compte bancaire a déjà été piraté? Racontez-nous dans les commentaires ou en nous écrivant à reporter-mobile@20minutes.fr 

Céline Boff

 Le système 3D Secure

Il consiste à s’assurer, lors de chaque paiement en ligne, que la carte est bien utilisée par son titulaire. Concrètement, quand le commerçant et la banque du porteur de la carte sont équipés, une étape supplémentaire a lieu au moment du paiement. En plus du numéro de la carte bancaire, de la date d'expiration et des trois chiffres du code de sécurité, l’internaute doit saisir un mot de passe, tel que sa date de naissance (authentification simple) ou un code dynamique à usage unique (authentification forte).

publicité
publicité
publicité
publicité
Les dernières contributions

Chargement des contributions en cours

Réagissez à cet article
Vous souhaitez contribuer ? Inscrivez- vous, ou .
Confirmer l'alerte de commentaire
Annuler
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr