La Chancelière allemande Angela Merkel en discussion avec le ministre allemand des Finances Wolfgang Schaeuble, lors d'une session spéciale du parlement allemand, le Bundestag.
La Chancelière allemande Angela Merkel en discussion avec le ministre allemand des Finances Wolfgang Schaeuble, lors d'une session spéciale du parlement allemand, le Bundestag. - Gero Breloer/AP/SIPA

Céline Boff

Que s’est-il passé?

Lundi 23 juillet, l’agence de notation Moody’s a placé sous «perspective négative» l’Allemagne, mais également le Luxembourg et les Pays-Bas. Trois pays qui bénéficient encore du triple A, comprenez du 20/20 version finance. Par ailleurs, l'agence a indiqué qu'elle examinerait «à la fin du troisième trimestre» le triple A accordé à la France et à l'Autriche, deux pays qu’elle avait placés sous «perspective négative» au mois de février. Pour mémoire, une autre agence d’évaluation, Standard & Poor’s (S&P), avait dégradé la note de la France au mois de janvier, en l’abaissant de triple A à AA+.

«Perspective négative», ça veut dire quoi?

Si vous ne parlez pas couramment la langue «agence de notation», sachez qu’il est important de distinguer la mise sous «perspective négative» de la mise sous «surveillance négative». Le premier cas étant nettement moins alarmant que le second. Lorsqu’une agence place un pays sous perspective négative, elle s’accorde entre un an et un an et demi pour revoir la situation de ce pays et donc sa note. «L’échéance est bien plus courte avec le placement sous «surveillance négative»: le pays est alors réévalué dans les trois mois», détaille Norbert Gaillard, économiste et consultant indépendant, qui précise que «la probabilité de voir sa note dégradée est dans ce cas bien plus élevée». 

L’Allemagne risque-t-elle de perdre son triple A?

«Cette mise sous perspective négative ne pénalise pas l’Allemagne, mais la zone euro dans son ensemble», analyse Cyril Régnat, économiste de marché à Natixis, «car la santé de l’économie allemande n’est pas vraiment en danger». «L’Allemagne est d’ailleurs bien plus solvable aujourd’hui qu’il y a trois ans», complète Norbert Gaillard.

Pour les deux spécialistes, ce placement est logique, au vu de la situation dans la zone euro. «L’exposition des banques européennes à la dette publique et privée espagnole est de 400 milliards d’euros. L’Allemagne totalise à elle seule 110 milliards d’euros de créances. C’est un montant très important», insiste Cyril Régnat.

Norbert Gaillard s’étonne cependant du timing choisi par Moody’s: «Cette agence avait placé la France sous perspective négative au mois de février en raison des risques planant sur la zone euro. C’est surprenant qu’elle considère seulement à présent que la situation dans les pays du sud de l’Europe menace également la solvabilité de l’Allemagne. Le distinguo qui a été fait pendant six mois entre la France et l’Allemagne n’était à mon sens pas justifié».

Pour Cyril Régnat, «si les marchés doutent clairement de la capacité des autorités européennes et de la BCE (Banque centrale européenne) à réagir, une dégradation du triple A allemand serait toutefois très surprenante».

Faut-il s’inquiéter?

Cyril Régnat assimile la mise sous perspective négative de l’Allemagne à une quasi bonne nouvelle: «Cela prouve que l’Allemagne n’est pas immunisée, qu’elle est bien un membre de la zone euro». Autrement dit: cette décision démontre une fois de plus l’imbrication de nos économies et donc la nécessaire solidarité qui doit s’exercer.

Mais Norbert Gaillard ne partage pas cet optimisme: «Moody’s considère que la crise européenne a affaibli l’Allemagne. On peut imaginer qu’elle pense que cette crise a encore davantage affecté la France… Son triple A risque donc d’être dégradé». Ce qui pourrait survenir dès le mois d’octobre.

Reste qu’une dégradation de la note de la France, ou même de l’Allemagne, n’entraînerait pas forcément une explosion des taux. Tout dépend du contexte dans lequel interviendrait cette dégradation, comme le résume Norbert Gaillard: «S’il n’y a que des petites tensions sur le marché, comme ça a été le cas la semaine dernière, la dégradation d’un ou de plusieurs pays aura peu de conséquences. En revanche, en cas de grand stress –avec un chômage supérieur à 25% en Espagne, un nouveau plan d’aide pour ce pays, un euro qui chute sous la barre des 1,20 dollar et des perspectives de croissance mauvaises dans la zone euro– la dégradation serait alors le reflet d’une situation très inquiétante, avec un risque d’éclatement de la zone euro».