Hélène Morin, consultante au sein de la société de conseil Agritel, spécialiste des matières premières agricoles.
Hélène Morin, consultante au sein de la société de conseil Agritel, spécialiste des matières premières agricoles. - Hélène Morin, consultante au sein de la société de conseil Agritel, spécialiste des matières premières agricoles.

Propoos recueillis par Claire Planchard

Les plaines agricoles du Midwest américain traversent depuis le mois de juin la plus grave sécheresse depuis vingt-cinq ans. Une situation qui fait craindre d'une perte considérable de récoltes, notamment de maïs et de soja, qui entraînerait une baisse des exportations américaines et une hausse du prix des céréales sur le marché mondial. Hélène Morin, consultante au sein de la société de conseil Agritel, qui accompagne la filière agricole et agroalimentaire dans la gestion des risques de marché, explique à 20 Minutes l’impact que pourrait avoir cette crise sur le marché français.

La crise agricole aux Etats-Unis aura-t-elle un impact sur les cours des matières premières agricoles en Europe?

L’impact est déjà là! Depuis le 15 juin, le cours du maïs à Chicago a déjà augmenté de  57,3% et celui du blé de 45,6% et sur le marché européen Euronext, la hausse du cours du blé est elle de 32,4%. En réalité, on observe un mécanisme de substitution entre les différentes céréales fourragères utilisées dans l’alimentation du bétail: aux Etats-Unis, la révision à la baisse de la production de maïs entraîne une hausse de la demande de blé et d’orge et  donc une augmentation des prix au niveau mondial. L’impact est d’autant plus fort que la situation se complique aussi depuis plusieurs semaines sur le bassin de la mer Noire, où un déficit hydraulique important en Russie et Ukraine nous pousse à réviser à la baisse les prévisions de récolte. Dans ce contexte il va donc falloir compenser avec notre production.

Ces récoltes seront-elles suffisantes en France?

Les récoltes ont patiné début juillet à cause du temps trop humide mais depuis le retour du temps estival le week-end dernier et au moins jusqu’à jeudi, elles vont pouvoir avancer à nouveau.

Les consommateurs français doivent-ils s’attendre à un impact sur le prix des produits alimentaires?

Il faut analyser cet impact de façon segmentée selon le type de produit. L’impact risque d’être important sur la partie élevage, notamment sur la filière porcine où l’alimentation est constituée à 70% de céréales. Il faudra sans doute répercuter cette hausse du coût de production sur les prix de vente pour retrouver de la rentabilité. Mais ce mécanisme est assez long. Sur la baguette de pain, en revanche, on sait que le prix du blé ne représente que 5% du prix de vente, donc une hausse de 30 à 40% du cours du blé ne devrait se traduire que par une hausse de quelques centimes. En revanche, sur des produits intermédiaires comme les pâtes, il faut s’attendre à des répercussions plus importantes.