Une année de scandales financiers: La régulation se fait encore attendre

16 contributions
Publié le 22 juillet 2012.

FINANCE - Des scandales tombent chaque semaine dans la sphère publique. Le Liborgate, HSBC et les cartels, les traders de la City… Le spectre des dérives dévoilées au grand jour en 2008 pèse sur la finance. Entre rachat d’image et régulation absente, la situation serait proche de l’explosion. A moins que tout cela ne soit un éternel recommencement...

Quatre ans depuis la chute de Lehman Brothers en 2008 que la cavale des banquiers a débuté. Après vingt années de fraudes et d’abus nés de la dérégulation et de la financiarisation de l’économie. Aujourd’hui ils n’ont même plus besoin de se cacher. Les nouvelles fraudes sont dévoilées et les questions de contrôles et d’excès deviennent urgentes. Pourquoi la mise en pratique de règles met-elle tant de temps et pourquoi les banques continuent d’agir de telle manière?

Des banques en reconstruction qui continuent de jouer selon les règles d’antan

Il est écrit partout qu’il s’agit du retour des scandales financiers. Mais ont-ils disparu à un moment? Doit-on être surpris de cet enchaînement de scandales tant les règles du jeu ne sont pas claires? Malgré les difficultés, les restructurations des filiales de financement et d’investissement, par nature plus spéculatives, et le mal-être né de 2008 symbolisé par Occupy Wall Street en 2011, la finance ne change pas sa ligne de conduite .

«Il y a eu beaucoup de fusions, notamment ces derniers temps. Ce à quoi s’ajoutent les liens interbancaires, les emprunts contractés auprès des mêmes emprunteurs, leur présence dans un même secteur d’activité, rendant la chute de l’une impossible sans faire tomber toute une série de banques», explique Augusto Hasman, économiste au Département innovation et concurrence de l’OFCE.

Cette dernière année a ainsi été riche en scandales financiers: les traders d’UBS, la baleine de la Tamise et JPMorgan Chase et leurs placements périlleux, la Barclays et le Libor, HSBC et les cartels mexicains et même Wells Fargo et la discrimination. Ces noms sont venus remplacer les Bernard Maddoff, Jérôme Kerviel et Lehmann Brothers dans l’imaginaire collectif.

Cette fois-ci certains patrons quittent le navire (Bob Diamond de Barclays) mais les choses ont-elles vraiment changé? «On est passé de Too Big to Fail à Trop connectées to Fail. Les banques ont de plus beaucoup de pouvoir et c’est notamment la raison pour laquelle il est difficile d’imposer une régulation», poursuit Augusto Hasman.

Le changement est-il possible?

Le scandale du Libor prouve à nouveau que les banques sont prêtes à comploter dans l’intérêt des unes et des autres. Des dizaines de banques de pays différents sont concernées, marquant à quel point la fraude est diffuse. «Il existe toujours de nouvelles façons de contourner la loi et les banquiers savent qu’ils peuvent être sauvés», remarque Augusto Hasman. Jamie Dimon, le PDG de JPMorgan Chase demandait pourtant il y a un an à la presse d’arrêter de pourchasser les banquiers qui avaient payé leur dette en étant les têtes de turc du système. «Le temps des remords est terminé», disait-il. Un an plus tard, Jamie Diamond souhaiterait sûrement revenir sur ses paroles.

Comment cela a-t-il pu encore arriver? Qui dirige ces banques et quelles sont leurs capacités de contrôle ? C’est la question posée pour le procès Kerviel, c’est aussi celle posée à Jamie Dimon dans l’affaire de la baleine de la Tamise.  

Deux éléments sont primordiaux: une supervision efficace et une régulation. «Les mesures à prendre seraient de réduire le champ d’action des banques, d’avoir plus de banques, de diviser les activités – comme ce qui est déjà en train d’être fait pour certaines», détaille l’économiste Augusto Hasman.

De la clarté au risque de l’inlassablement recommencement

«De même, sans règles claires, les mêmes problèmes reviendront. Il ne sert à rien de solutionner au cas par cas. Il faut une coordination importante entre différents pays et que donner du pouvoir à un organisme international de contrôle», conclut-il.

Les solutions existent, encore faut-il, comme bien souvent, que les acteurs en question se mettent d’accord. Car ces scandales commencent à avoir des effets sur les places boursières et sur les actionnaires. Des dommages collatéraux déjà vécus en 2008 et pour lesquels les banquiers s’étaient déjà excusés. «We're sorry; we didn't mean it; we won't do it again; trust us*», pouvait-on entendre à cette époque.

Bertrand de Volontat

*Nous sommes désolés, nous ne voulions pas, nous ne recommencerons pas, croyez-nous.

publicité
publicité
publicité
publicité
Les dernières contributions

Chargement des contributions en cours

Réagissez à cet article
Vous souhaitez contribuer ? Inscrivez- vous, ou .
Confirmer l'alerte de commentaire
Annuler
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr