Et si la Marine pouvait défendre la croissance?

STRATEGIE – Un groupe de sénateurs vient de présenter un rapport visant à défendre le budget de la Marine nationale. Un enjeu majeur selon eux pour le développement de notre économie. Explications…

Céline Boff

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Le porte- avion Charles-de-Gaulle

Le porte- avion Charles-de-Gaulle — CHESNOT/SIPA

C’est un secteur dont on parle peu. Et pourtant, les activités maritimes font travailler 350.000 personnes en France. «C’est le double de l’aéronautique», précise le sénateur (UMP) André Trillard. Et ce n’est qu’un début.

Mondialisation oblige, des millions de conteneurs voyagent chaque année sur les mers du globe. Evidemment, ces flux ne cessent de progresser. Si les océans sont des routes de premier choix, ils regorgent également de ressources… de plus en plus recherchées. Réserves d’hydrocarbures dans les sous-sols marins, présence de terres rares, lieu d’installation des éoliennes offshore et des hydroliennes… «Les océans deviennent un objet de convoitise», affirme le sénateur (PS) Jeanny Lorgeoux.

A tel point que les Etats se livrent une «véritable guérilla juridique» pour étendre leurs zones maritimes. Après avoir conquis les terres, l’homme cherche à s’approprier la mer. Où il parvient déjà à se sédentariser: plus de 700 plateformes sont aujourd’hui en service dans les océans du monde, et des milliers de salariés y travaillent.

La mer, un océan de croissance

Pour les sénateurs qui viennent de présenter un rapport sur cette «maritimisation», c’est évident: une partie de la croissance mondiale viendra demain de la mer. Et la France a une belle carte à jouer: «Nous sommes le deuxième domaine maritime mondial. Cet espace regorge de ressources naturelles, encore peu exploitées, ni valorisées», avance André Trillard.

La France commence à s’y pencher: à partir de 2019, la Guyane devrait produire du pétrole à hauteur de 200.000 barils par jour et les premières explorations à Wallis et Futuna semblent indiquer la présence de terres rares, ces métaux stratégiques essentiels aux nouvelles technologies. Pour Jeanny Lorgeoux, «il y a là de nouvelles filières industrielles qui peuvent être les emplois de demain. L’économie maritime peut contribuer à retrouver de la croissance».

Mais à une condition, selon les sénateurs: la sécurisation des mers et des océans. «Si nous construisons demain des champs d’éoliennes offshore dans la Manche ou des centrales d’énergie thermique des mers à la Réunion ou dans les Antilles, il faudra des moyens pour sécuriser ces installations», insiste Jeanny Lorgeoux, qui pointe du doigt le risque terroriste. Sans compter le développement de la piraterie.

«Cerner au plus près les priorités»

D’où la nécessité, selon les sénateurs, de se doter d’une Marine nationale forte. Et c’est là que le bât blesse. Car si le budget de la Défense connaît des coupes, celui de la Marine est particulièrement malmené. «Ça fait quinze ans que la Marine sert de variable d’ajustement au budget de la Défense. Tout simplement parce que les armées de Terre et de l’Air sont bien plus organisées en termes de lobbies parlementaires», explique un membre de la rédaction du site spécialisé Espritcors@ire.

En tout cas, le budget des marines européennes diminue chaque année de 1%, alors qu’entre 2011 et 2016, le budget naval de la Russie devrait augmenter de 35% et celui de la Chine, de 57%.

«La rareté des financements publics doit conduire plus que jamais à cerner au plus près les priorités», argue Jeanny Lorgeoux. Autrement dit, alors que François Hollande a lancé le 13 juillet les travaux de la nouvelle commission du Livre blanc, qui permettra de planifier les moyens des armées, les sénateurs tentent de faire pression pour que la Marine ne soit pas une nouvelle fois défavorisée. En mettant le doigt sur un argument choc en ces temps de crise: les mers et les océans pourraient bien être les nouveaux axes de croissance de la France. 

Vers une mutualisation européenne des dépenses?

Pour le groupe de sénateurs qui a travaillé sur la maritimisation, si «la crise financière que traverse l’Europe est un désastre, elle peut être une opportunité pour avancer vers une mutualisation partielle des dépenses navales». Pour Jeanny Lorgeoux, sénateur PS de Loir-et-Cher: «La souveraineté n’exclut pas que dans les moyens, nous puissions être extrêmement souples».

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