PSA: Le coût du travail est-il vraiment la cause du plan social?

AUTOMOBILE La question fait rage...

M.B.

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Manifestation de salariés devant le siège parisien de PSA Peugeot Citroën le 28 juin 2012.

Manifestation de salariés devant le siège parisien de PSA Peugeot Citroën le 28 juin 2012. — GELEBART/20 MINUTES

Le coût du travail. C’est selon la direction de PSA l’une des explications à sa décision de supprimer 8.000 emplois en France entraînant la fermeture de l’usine d’Aulnay (Seine-Saint-Denis).

Baisser les charges, dit PSA

«Pour restaurer nos marges, il y a une marge de flexibilité sur le coût du travail. Nous avons le coût du travail le plus cher en Europe et nous produisons 44% de notre production en France, donc il faut baisser les charges qui pèsent sur le travail de manière massive», a déclaré la semaine dernière Philippe Varin sur RTL.


Philippe Varin, président du directoire de PSA... par rtl-fr

Réponse du Premier ministre dans la foulée: «Ce serait un peu facile que le PDG de cette entreprise se défausse en disant: traitez la question du coût du travail, et tout sera résolu.» Suivi en début de semaine par le ministre de l'Economie et des Finances, Pierre Moscovici, pour qui, dans un entretien au Monde, «le coût du travail» n'était «pas le seul ni le principal problème qui explique la perte de compétitivité française et les difficultés de PSA». En effet, à ses yeux il n’est pas supérieur de manière significative à celui que l'on trouve en Allemagne. Pourtant, nos voisins continuent de produire 5,5 millions de véhicules, soit 200.000 de moins seulement qu'il y a dix ans, alors que la France n'en produit que 1,9 million, soit 1,5 million de moins.

Regardons la compétitivité hors-prix, répond le gouvernement

«Il faut aussi regarder la stratégie des entreprises sur les marchés émergents, le positionnement en gamme de leurs produits, ce qu'on appelle la compétitivité hors prix», a estimé l’ancien député du Doubs.

Selon Eurostat, le coût horaire du travail en 2011 en France était de 12% plus élevé qu’en Allemagne à 34,20 euros. Pourquoi un tel écart. Alors que la France a l’un des Smic les plus élevés d’Europe et fait peser le financement de la protection sociale sur les revenus d’activités, nos voisins sont adeptes de la modération salariale, depuis le milieu des années 90, auquel s’ajoute l’absence de salaire minimum généralisé et l’instauration d’une TVA sociale pour financer la protection sociale.

Le coût du travail, une notion délicate

Mais ces chiffres sont à manier avec une extrême précaution. Selon un rapport de la Sécurité sociale de 2010, « la mesure du niveau du coût du travail est délicate, et plus encore lorsqu’il s’agit d’effectuer des comparaisons internationales, puisqu’elle dépend d’une multitude de paramètres (définition des composantes du coût du travail, champ sectoriel, durée du travail, périmètre des prélèvements assis sur les salaires…) et de la méthodologie retenue (données macroéconomiques agrégées ou cas-types)». 

Malgré tout, l’étude soulignait bien que l’écart du coût du travail, défavorable pour l’Allemagne, s’était rapproché de celui de la France depuis 2000. Ainsi, en 2008, le coût horaire du travail au niveau du salaire moyen était de 24,6 euros Outre-Rhin contre 23,6 euros en France.

Le patronat et l’opposition vent debout

Dans ce contexte, le gouvernement a confié à l'ancien président d'EADS, Louis Gallois, une mission sur la compétitivité des entreprises. Mais pour le patronat, l’exécutif ne va pas assez loin. «Le gouvernement reconnaît le problème du coût du travail en France, mais du bout des lèvres, à minima. Or, le cercle vicieux dans lequel l’économie française se voit aujourd’hui enfermée trouve son origine dans ce problème. En témoigne actuellement l’effondrement historique et dramatique des marges des entreprises: réduisant leur autofinancement, il limite aussi leurs capacités d’investissement et donc d’innovation, puis d’embauche», alerte Laurence Parisot, la présidente du Medef dans un entretien accordé ce mercredi aux Echos. L’opposition lui a emboîté le pas et estime que les socialistes en supprimant la TVA sociale vont réalourdir le coût du travail.

La balle est désormais dans le camp de l’exécutif. Dans une interview à 20 Minutes, le ministre du Travail a indiqué que l’allègement du coût du travail ferait l’objet d’une concertation en 2013. Le patronat mise sur un «choc d'offre» via «un transfert massif des charges patronales vers la CSG». «Toutes les options sont ouvertes», a expliqué Michel Sapin.

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