Tout comprendre au scandale du Libor

FINANCE Un nouveau scandale touche la finance britannique de la City, à Londres depuis une quinzaine de jours. La banque Barclays a admis avoir manipulé le Libor durant la crise financière, dévoilant au grand jour un scandale qui pourrait impliquer des dizaines d'établissements...

Bertrand de Volontat (avec Reuters)

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La City de Londres vue du London Eye, le 25 janvier 2012.

La City de Londres vue du London Eye, le 25 janvier 2012. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Le Libor, c’est quoi?

Le Libor ou London Interbank Offered Rate est le taux interbancaire londonien. Il est calculé sur la base des estimations des intérêts dus par de grandes banques internationales sur les prêts qu'elles s'accordent les unes aux autres, mais ces estimations sont fournies par les banques elles-mêmes, sans vérification indépendante.

Ce taux n'est ainsi pas déterminé par un régulateur national, mais fixé par une quinzaine de grands établissements bancaires au rang desquels Barclays, Royal Bank of Scotland mais aussi des banques d'autres pays telles que Bank of America, Deutsche Bank, HSBC, BNP Paribas, Société Générale, Crédit agricole. Ce taux sert de référence pour quelque 550.000 milliards de dollars (447.000 milliards d'euros) de produits dérivés de taux, mais aussi pour certains crédits immobiliers ou étudiants et des cartes de crédit. L’impact de sa manipulation n’est donc pas limité au seul Royaume-Uni et à la seule sphère financière.

Que s’est-il passé?

Le mois dernier, la Barclays a admis avoir manipulé le Libor durant la crise financière, dévoilant au grand jour un scandale qui pourrait impliquer des dizaines d'établissements. La direction de la banque, qui a dû démissionner depuis, a affirmé que les régulateurs étaient au courant de ses activités mais qu'ils ne les avaient pas empêchées. L'établissement a accepté de payer une amende de 453 millions de dollars (362 millions d'euros) mais l'accord ne le met pas à l'abri des poursuites.

La tentative de manipulation du Libor, qui s'est déroulée entre 2005 et 2009 selon les autorités, implique que des millions d'emprunteurs ont payé un taux d'intérêt majoré ou minoré sur leur dette. Selon les aveux de Barclays, des traders de la banque ont tenté dès 2005 de manipuler le Liborpour gonfler les profits du groupe et, à partir de 2008, ils ont minimisé les estimations des intérêts payés à d'autres banques pour enjoliver la situation financière de Barclays, alors fragilisée par la crise. La publication de courriers électroniques montrant que des banquiers se félicitaient de l'efficacité de la manipulation en s'offrant mutuellement du champagne a suscité la colère d'une partie de l'opinion publique à l'encontre du secteur bancaire, renfloué pendant la crise à coups de dizaines de milliards de livres d'argent public.

Barclays, seule engluée dans le scandale?

Les investigations sur le scandale du Libor menées par les autorités nord-américaines, européennes et japonaises concernent désormais une dizaine de grandes banques internationales, mais Barclays est à ce jour la seule à avoir reconnu des agissements répréhensibles. La Royal Bank of Scotland (RBS) est notamment impliquée dans ce scandale et pourrait devoir s'acquitter d'une amende de presque 190 millions d'euros pour les mêmes raisons, selon The Times. D'autres banques seraient mouillées dans l'affaire, selon Reuters: Citigroup, UBS et HSBC sont également dans le collimateur. Selon le Financial Times, une vingtaine de banques dans le monde sont concernées. Aucune banque française – après avoir dû tout de même répondre à quelques questions– n'a pour l'instant été citée.

Quel futur pour Barclays?

Les amendes qui seront infligées à d'autres banques mettront «en perspective» les ennuis de Barclays, assurent les dirigeants de la banque britannique dans une note interne. «À mesure que d'autres banques trouveront des accords à l'amiable avec les autorités, et que les détails en seront rendus publics, notre situation sera finalement mise en perspective», déclare le comité exécutif de Barclays dans une note aux salariés datée de vendredi. La direction de Barclays y admet que ses clients, actionnaires et régulateurs «ont tous le droit de se sentir déçus».

Aurait-on pu éviter tout ça?

Oui mais la prévention est rarement préférée à la guérison dans la finance. La Banque d'Angleterre a publié vendredi dernier un échange d'emails dans lequel il apparaît que son gouverneur Mervyn King avait appuyé en 2008 des propositions de réforme du mode de calcul du Libor formulées par l'actuel secrétaire au Trésor américain Timothy Geithner. Le Washington Post avait rapporté un peu plus tôt que celui qui était à l'époque président de la Réserve fédérale de New York avait suggéré dès 2008 aux régulateurs britanniques de réformer la façon dont ils calculent ce taux interbancaire.

Geithner avait fait six recommandations aux gouverneurs de la Banque d'Angleterre, dont celle de supprimer les mesures incitatives qui pouvaient encourager les banques à manipuler le taux et de mettre en place «une procédure de notification crédible», selon le Washington Post, qui cite un email. «Les recommandations de la Réserve fédérale de New York nous paraissent judicieuses. Nous allons demander à la BBA (Fédération des banquiers britanniques) d'inclure dans leurs délibérations les idées contenues dans votre note», peut-on lire dans l'email.  

Le commissaire européen à la Concurrence, Joaquin Almunia, a notamment déclaré vendredi que l'Union européenne allait donner la priorité absolue à l'enquête sur le Libor et d'autres cas impliquant notamment l'Euribor. Par ailleurs, avec l'aide de son homologue du Connecticut George Jepsen, Eric Schneiderman, ministre de la justice de l'Etat de New York, a ouvert il y a plus de six mois une enquête sur les soupçons de manipulation du Libor de la part de grandes banques internationales, a annoncé dimanche son porte-parole.

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