Manifestation de salariés devant le siège parisien de PSA Peugeot Citroën le 28 juin 2012.
Manifestation de salariés devant le siège parisien de PSA Peugeot Citroën le 28 juin 2012. - GELEBART/20 MINUTES

M.B. avec agences

Vingt-quatre heures après le coup de massue de la direction de PSA, les 100 000 salariés du groupe dans l’hexagone commencent à voir un peu plus clair sur le détail des 8.000 suppressions d’emplois, dont PSA espère trouver 6.500 volontaires au départ. Le groupe prévoit de reclasser 1.500 salariés des 3.300 de l'usine d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), qui doit fermer en 2014, à Poissy (Yvelines), mais ils devront accepter de déménager à une cinquantaine de kilomètres. Le site des Yvelines n'est pas pour autant épargné, 700 suppressions de poste ayant été annoncées lors du CE vendredi. Lors du comité d'entreprise vendredi matin, la direction a remis aux représentants du personnel un dossier de consultation, qui sera discuté le 26 juillet lors d'un nouveau CE.

Reclassement

Le secrétaire général de la CGT de PSA Poissy, Farid Borsali, a estimé que la réunion de vendredi matin avait été «décevante». «Nous n'avons eu aucune précision, a-t-il poursuivi. Les 1.400 intérimaires de Poissy risquent de se retrouver à la porte». Sur les 702 suppressions de postes prévues à Poissy, sont concernés 446 ouvriers, 189 agents de maîtrise et 67 cadres, a précisé une source syndicale.

«Contrairement à Aulnay et Rennes où il s'agit d'un plan de sauvegarde de l'emploi, sur les autres sites dont Poissy, il s'agit d'un plan de redéploiement des compétences basé sur le volontariat avec des mesures d'incitation au départ volontaire», a précisé Michel Prost, secrétaire FO au CE. Le site de Poissy, qui produit des DS3, des C3 et des 208, compte actuellement 7.000 salariés, dont environ 1.300 intérimaires, selon la direction. Une baisse de la cadence sur la ligne de production de la 208 est prévue «à l'horizon d'octobre», a précisé la porte-parole de la direction. A Rennes, 1.400 postes, sur les 6.000 que compte le site, passeront à la trappe. En réaction, un millier de salariés ont débrayé vendredi pendant une heure et manifesté sur le site, du jamais vu. Quant à la ligne de production sur le site d'Aulnay-sous-Bois, elle a été arrêtée entre 11h00 et 14h00.

Le site de Mulhouse visé

Mulhouse (Haut-Rhin), le site PSA, où travaillent près de 8.300 salariés et 800 intérimaires, sera touché par un plan de 273 départs volontaires, qui ne concernera pas le secteur de la production, a indiqué la CFDT à l'issue d'une réunion sur place d'un CE extraordinaire. Cette mesure a été annoncée aux représentants syndicaux par le directeur du site de Mulhouse, Jean Mouro, lors de cette réunion convoquée au lendemain du comité central d'entreprise à Paris, a indiqué Robert Calvet, délégué CFDT.

Une centaine d'emplois seront par ailleurs supprimés dans les deux usines PSA Peugeot-Citroën de Moselle, ont indiqué des sources syndicales, qui redoutent «qu'il ne s'agisse que d'une première vague». Au total, 52 postes seront supprimés à Trémery (3.740 permanents et 320 intérimaires) et 42 à Metz-Borny (2.000 salariés), a précisé le secrétaire départemental de la CGT, Denis Pesce, à l'issue des CE qui ont eu lieu sur les sites.

Le gouvernement interroge PSA

Malgré toutes ces précisions, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, exhorte les dirigeants du groupe PSA de répondre à plusieurs questions précises sur le plan de suppression de 8.000 postes en France annoncé jeudi. «Pourquoi cette annonce maintenant? Est-ce que cette situation n'était pas connue déjà depuis plus longtemps, voire un an, voire deux ans? Pourquoi cette situation s'est dégradée alors que l'Etat (...) a versé 4 milliards d'euros à ce groupe industriel. Quel a été le rôle de l'actionnaire notamment de la famille Peugeot?», s'est-il  interrogé vendredi lors d'une visite à Nantes . 

Le président François Hollande a de son côté estimé vendredi à propos du plan de restructuration annoncé par PSA Peugeot Citroën que «le gouvernement a réagi comme il convenait avec la nomination d'un expert, la volonté de revoir ce qui a été présenté et d'avoir un plan pour l'industrie automobile qui sera présenté au mois de juillet». Arnaud Montebourg, recevra ce vendredi à 17h30, les élus concernés par les annonces de PSA relatives aux sites d'Aulnay et Rennes. Il recevra les syndicats du groupe PSA Peugeot Citroën mardi 17 juillet à 18h30.

PSA a indirectement répondu à l'éxécutif ce matin en expliquant que ses décisions drastiques étaient basées sur des prévisions d'une baisse durable du marché européen, où le constructeur vend 60% de ses véhicules. «Nous avons fait des études approfondies sur tous les scénarios possibles», a assuré Philippe Varin, le président du directoire, en mettant en avant des pertes de 200 millions par mois actuellement. Les résultats semestriels de PSA seront connus le 25 juillet. «Pour restaurer nos marges, il y a une marge de flexibilité sur le coût du travail. Nous avons le coût du travail le plus cher en Europe et nous produisons 44% de notre production en France, donc il faut baisser les charges qui pèsent sur le travail de manière massive», a déclaré Philippe Varin sur RTL.


Philippe Varin, président du directoire de PSA... par rtl-fr

Le gouvernement a relancé cette semaine le grand chantier de la compétitivité à l'occasion de la conférence sociale. Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a affiché l'ambition d'«améliorer la compétitivité de nos entreprises», dont une des pistes de réflexion pourrait passer par une hausse de la CSG. Philippe Varin a poursuivi en affirmant qu'il n'avait pas été question de faire du plan de restructuration au sein du groupe «un enjeu de la période électorale». «Evidemment c'est une décision tellement importante qu'il n'était pas question d'en faire un enjeu de la période électorale», a-t-il déclaré sur l'antenne de RTL.

«Décisions extrêmement lourdes à prendre»

«Ce sont des décisions extrêmement lourdes à prendre», a-t-il souligné, ajoutant que «la crise des dettes souveraines en Europe du milieu de l'année dernière a changé la donne sur le marché européen». «Dans le premier semestre de cette année, nous nous sommes rendus compte que cette crise était durable et qu'il fallait prendre des mesures car nos usines tournent à mi-capacité», a-t-il affirmé. 

Philippe Varin insiste d'autre part dans un entretien au quotidien Libération sur les mesures de soutien aux véhicules émettant moins de CO2, comme le bonus-malus actuellement en vigueur, sur des actions sur le crédit automobile, et sur la fiscalité des achats de flottes de voitures par les entreprises.

Dans le même temps, Frédéric Saint-Geours, directeur général des marques du constructeur, affirmait sur France Inter que les grands axes du plan de 8.000 suppressions de postes annoncé par le constructeur automobile PSA Peugeot Citroën sont «indispensables», même s'il est possible de discuter.

«Dans le plan, il faudra que nous discutions (...) de la mise en oeuvre du plan, mais sur les grands principes (...), ces mesures sont indispensables», a déclaré Frédéric Saint-Geours après les déclarations du ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, qui avait jugé ces mesures inacceptables.