PSA: Faut-il s'attendre à de nouvelles annonces?

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Publié le 12 juillet 2012.

AUTOMOBILE - Le groupe PSA Peugeot Citroën a présenté ce jeudi matin un nouveau plan de restructuration. Le deuxième en moins d'un an...

La journée a débuté par une annonce choc: PSA Peugeot Citroën prévoit de supprimer 8.000 postes en France, avec une perte nette de 6.500 emplois –1.500 devant être reclassés en interne. Au mois de novembre, le groupe avait déjà annoncé la suppression de 1.900 postes, dont la moitié reclassée en interne. Au total, PSA prévoit donc de supprimer 9.900 postes et pas moins de 7.450 emplois directs. Un chiffre qui ne prend pas en compte les intérimaires et les sous-traitants.

Avec ces deux plans de restructuration présentés en moins d’un an, une question se pose: faut-il craindre de nouvelles annonces dans les mois qui viennent? Christian Lafaye, syndicaliste FO, n’est pas inquiet: «J’ai trente-sept ans de maison et je n’ai jamais connu un plan d’une telle ampleur. Je suppose que la direction l’estime suffisant pour remettre le groupe à flot… Mais je n’ai malheureusement pas de boule de cristal».

Stephan Guinchard, directeur expert automobile au sein du cabinet Simon Kucher & Partners, est moins optimiste: «De nouvelles annonces peuvent être faites si la conjoncture se dégrade encore ou si la direction décide de délocaliser davantage». Pour Bertrand Rakoto, analyste chez R.L.Polk, «il y aura certainement d’autres annonces, car PSA ne s’est jamais réellement restructuré et qu’il doit désormais le faire, et dans un temps très réduit».

Pouvait-on sauver Aulnay?

L’analyste estime que le plan annoncé ce jeudi matin était inévitable: «il est toujours difficile de légitimer la fermeture d’un site (Aulnay-sous-Bois, ndlr) employant 3.000 personnes, mais PSA ne pouvait plus conserver cette usine difficile. Plus largement, le plan de PSA est plus que nécessaire pour assurer l’avenir du groupe». Stephan Guinchard est plus mesuré : «Ca n’allait pas trop mal et soudainement, c’est la catastrophe. Certes, PSA a des problèmes de trésorerie, surtout liés à d’importants investissements, mais cette situation justifie-t-elle un discours aussi alarmiste et la fermeture d’une usine? Je me pose la question».

Si PSA perd désormais 200 millions d’euros tous les mois comme l’affirme Philippe Varin, le président du directoire, il est vrai que le groupe a réalisé des ventes exceptionnelles en 2010 et en 2011. Mais il paye aujourd’hui ses erreurs de stratégie. «Nous sommes devant l’étalage d’un magistral gâchis, les dirigeants nous ont amené dans le mur –et je ne mets pas en cause Philippe Varin, qui est chez PSA depuis trois ans seulement», se désole Christian Lafaye, «PSA roulait sur du velours, le marché européen était très porteur en termes de ventes puis il s’est effondré… Entraînant avec lui PSA, car ses dirigeants avaient mis 80% de leurs œufs dans le même panier! Et nous n’avons pas été capables de suivre les meilleurs constructeurs européens».  

Quelle stratégie suivre à présent?

La prime à la casse instaurée dans plusieurs pays d’Europe a en effet permis d’assurer un volume de production important à PSA, et de retarder non seulement l’effet de la crise, mais également de masquer également la maturité du marché –la plupart des ménages étant désormais équipés, les besoins se situent dans le simple renouvellement. ««La fermeture du site d’Aulnay était sans doute inévitable, mais si PSA avait réalisé un succès commercial important dans les pays émergents, le constructeur aurait eu d’autres possibilités pour soutenir et dynamiser sa gamme et ses productions en Europe », note Bertrand Rakoto, qui rappelle que «PSA était en Chine dix ans avant la majeure partie de la concurrence, il a aujourd’hui dans ce pays, qui est devenu le premier marché mondial, dix ans de retard dans son développement».

Au-delà des erreurs stratégiques, PSA a également connu quelques dommages, comme le souligne Stephan Guinchard: «PSA écoulait plus de 10% de sa production à l’Iran, via des kits fabriqués en Europe et ces échanges ont soudainement disparus du fait de l’embargo». Le spécialiste estime malgré tout que la stratégie impulsée par Philippe Varin est la bonne: «La montée en gamme portera ses fruits dans les cinq prochaines années» et insiste «malgré la crise, la DS se vend bien en Europe, comme c’est également le cas des véhicules Audi et Volkswagen. Il y a encore de nombreux clients pour ces voitures plus haut de gamme, c’est là qu’il faut mettre l'effort commercial ». Bertrand Rakoto ne partage pas le même point de vue: «PSA doit rester un constructeur généraliste et redevenir performant, dans le cas contraire, il risque de perdre sa clientèle fidèle et historique».

Céline Boff
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