Patrick Légeron: «PSA est dans une situation à haut risque en termes psycho-sociaux»

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Publié le 12 juillet 2012.

INTERVIEW - Le docteur Patrick Légeron, grand spécialiste des risques psycho-sociaux, analyse l'impact du plan de restructuration de PSA Peugeot Citroën sur les salariés du groupe...

Stress, dépression, suicides…La fermeture du site PSA d’Aulnay et la suppression de 8.000 postes en France sont une catastrophe industrielle et un véritable drame humain pour les salariés dont l’emploi est menacé. Un accompagnement spécifique s’impose donc pour le docteur Patrick Légeron, fondateur du cabinet Stimulus et co-auteur du rapport sur les risques psycho-sociaux remis au ministre du Travail en mars 2008.

La fermeture du site PSA d’Aulnay est-elle une situation à haut risque?

Evidemment. C’est une situation à haut risque en terme psycho-social et de stress. L’incertitude économique, quand l’emploi est menacé ou se perd, fait partie des six grands domaines de risques psycho-sociaux identifiés par les spécialistes car elle crée de nombreuses perturbations, à commencer par de l’anxiété face à son avenir et le devenir de sa situation économique et financière, avec des troubles anxieux comme des pertes de sommeil. Elle peut aussi entraîner une perte d’identité, surtout quand on a travaillé depuis longtemps dans un groupe, associée à une baisse importante de l’estime de soi. Et enfin un symptôme dépressif avec l’idée que la vie a perdu tout sens et la perte de l’envie de se battre qui peuvent mener dans les cas extrêmes- heureusement très rares - au suicide.

Et pour le reste des salariés du groupe?

Dans un grand groupe comme PSA qui compte de nombreuses usines, il y a au-delà de cette atteinte directe sur les «victimes» du plan, un «syndrome du survivant». Comme dans tout traumatisme  (un attentat, un crash…), il y a ceux qui en réchappent et il ne faut pas penser qu’ils ne sont pas exposés à des risques. Il y a d’une part un sentiment d’insécurité économique car ils se disent que ce sera leur tour la prochaine fois. Mais  il y a aussi un phénomène psychologique de culpabilité. De plus, ce plan arrive dans un contexte de forte pression sur l’ensemble du groupe pour être plus performant économiquement. Donc, on dégraisse, mais ceux qui restent sont amenés à travailler davantage.

Y a-t-il des risques spécifiques dans un grand groupe comme PSA?

La grande différence entre des groupes industriels et des groupes de services comme la banque ou l’assurance, c’est qu’il y a une culture très forte du collectif et une tradition d’union dans les luttes syndicales qui aident énormément les gens. On l’a observé dans des luttes comme celle des Conti qui a duré plusieurs mois: tant que les salariés se battent pour résoudre leurs problèmes, il est exceptionnel de voir se développer des problèmes de santé. Ils tiennent bien psychologiquement. En revanche, dès que la lutte s’arrête, ils s’effondrent, comme ces soldats qui ne sentent pas leurs blessures au combat. Cette culture du collectif les préserve et il donc souhaitable qu’elle se maintienne.

Quel accompagnement faut-il prévoir pour limiter les risques?

Le groupe PSA a mis en place depuis longtemps un suivi des risques psycho-sociaux avec la médecine du travail, car elle a elle aussi été confrontée à des suicides en 2006-2007, comme France télécom et Renault à l’époque.

Mais dans des situations comme celle-ci, on constate qu’il faut impérativement que la cellule de reclassement social qui aide à retrouver un emploi soit doublée d’un accompagnement psychologique. La France est encore timide en la matière, contrairement aux pays d’Europe du Nord.

Propos recueillis par Claire Planchard
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