Un salarié de l'usine PSA d'Aulnay le 12 juillet 2012
Un salarié de l'usine PSA d'Aulnay le 12 juillet 2012 - V.Wartner/20 Minutes

Hélène Colau

«On représente une bombe sociale et politique. On ne va pas se priver de l’utiliser.» Des centaines de salariés du site PSA d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) se sont réunis jeudi après-midi sur un parking de l’usine pour réfléchir à une riposte. Le matin même, Philippe Varin, président du directoire de PSA, leur annonçait que 8 000 postes allaient être supprimés dans le groupe (lire encadré) et que leur usine fermerait en 2014.

 Pleurs et évanouissements

«On nous a appelés à 8 h 30 dans les ateliers pour un briefing, raconte Mohamed Khenniche, salarié de PSA et secrétaire de SUD. Un choc. Même si on s’y attendait, on gardait l’espoir. Là, l’infirmerie est pleine, des femmes sont tombées dans les pommes, des salariés pleuraient. La direction nous a déclaré la guerre.» Aussitôt après l’annonce, les employés ont décidé un arrêt total de la production. Pancartes et banderoles à la main, les équipes du matin ont attendu celles de l’après-midi pour une assemblée générale. Des sous-traitants, des employés de chez Renault, la députée (PCF) de Seine-Saint-Denis Marie-George Buffet ou encore l’ex-candidat (NPA) à la présidentielle, Philippe Poutou, sont passés les soutenir. Le maire (PS) d’Aulnay-sous-Bois, Gérard Ségura, accuse l’Etat. «PSA a reçu des subventions, on ne peut pas les laisser faire n’importe quoi, s’emporte-t-il. La ville est saignée, elle se remet à peine des licenciements des années 1980.»

Chez les salariés, on sent une certaine lassitude, presque du fatalisme. Cette fermeture, ils en entendaient parler depuis un an. «Ils ont prétexté une baisse des ventes pour justifier ce plan, mais en fait il a été décidé en 2010, quand elles étaient à leur apogée», dénonce Philippe Evrad, représentant CGT. Tous savent que le coup était prémédité. «On est dégoûtés, même si on s’y attendait, avoue Nacera. Moi, ce n’est pas le changement qui me dérange, je vais chercher du travail ailleurs. Mais qu’ils ne nous laissent pas comme ça !» Les plus amers sont ceux qui travaillent là depuis longtemps, souvent plus de vingt ans.

Trahison

Dans certaines familles, cinq ou six personnes risquent de se retrouver sur le carreau en même temps. Ceux-là se sentent trahis. «D’abord, ils ont accéléré les cadences, on était seul à un poste pour trois personnes, souffle Messaoud. Ensuite, ils vont fermer toutes les usines de France pour les installer en Chine.» La question que tous se posent, c’est pourquoi eux.  La Citroën C3 marche bien, on tourne mieux que d’autres sites PSA, martèle Ali. Je ne vois pas pourquoi on devrait fermer. Il risque d’y avoir des divorces, des suicides… Non, on va rester ici, il ne faut pas perdre l’espoir.» Jeudi après-midi, les salariés ont décidé de mettre en place un comité d’organisation de la lutte. Une assemblée générale est déjà prévue pour le 11 septembre, «un hasard».