Le constructeur aéronautique Boeing veut promouvoir la "discipline" sur les aides publiques "dans l'intérêt à long terme du secteur", ont fait valoir deux de ses représentants mardi lors d'un entretien à l'AFP mardi à propos du conflit qui l'oppose à Airbus à l'OMC.
Le constructeur aéronautique Boeing veut promouvoir la "discipline" sur les aides publiques "dans l'intérêt à long terme du secteur", ont fait valoir deux de ses représentants mardi lors d'un entretien à l'AFP mardi à propos du conflit qui l'oppose à Airbus à l'OMC. - Laurent Fievet afp.com

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Alors que s'ouvre la semaine prochaine le salon de l'aéronautique de Farnborough (Grande-Bretagne), l'une des questions qui y sera discutée sera "l'argent (injecté par l'Union européenne) dans l'A350", explique Bob Novick, conseiller du constructeur américain sur l'OMC, précisant que "les Etats-Unis ont mis en évidence ce qui ressemble à des aides au lancement" illégales chez Airbus.

Le secrétariat américain au Commerce (USTR) a déposé récemment auprès d'un panel d'application des décisions de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) un document affirmant que l'A350 a bénéficié de 3,5 milliards d'euros d'aides illégales au développement, de la part de la France, du Royaume-Uni, de l'Espagne et de l'Allemagne.

En outre, "l'Union européenne n'a rien fait de son propre aveu pour retirer les aides de l'A380 et rien ou presque pour supprimer les nombreuses aides" à Airbus, poursuit M. Novick, qui ne s'attend pas à un changement d'attitude des Européens.

"Nous nous attendons à ce que, quand les ministres des Transports (américain et européen) se rencontreront sur le salon" de Farnborough, l'émissaire européen "confirme le soutien gouvernemental européen à l'A350", a-t-il fait valoir.

Or ce litige "ne concerne pas seulement Airbus et Boeing, ou les Etats-Unis et l'Europe. Nous sommes aussi préoccupés, et nous partageons cette inquiétude (avec Airbus), par les autres pays et entreprises qui entrent" sur le marché de l'aéronautique, a souligné Ted Austell, vice-président juridique du groupe.

"Il y a la Chine, la Russie, le Brésil, le Canada..." a énuméré M. Novick.

"Notre objectif est d'instaurer de la discipline dans notre secteur" et Boeing et les Etats-Unis ont l'intention de se conformer aux demandes de l'OMC les concernant, a-t-il ajouté.

Les gouvernements européens pointés du doigt

Donner l'impression qu'on peut ne pas respecter les règles de l'OMC sans conséquences "n'est peut-être pas dans l'intérêt à long terme du secteur", a-t-il insisté.

Les dirigeants d'Airbus font valoir depuis des mois que le conflit qui dure depuis 2004 entre les deux groupes avantage leurs concurrents émergents et ont laissé entendre que les deux parties feraient mieux de trouver un accord à l'amiable.

"Quel que soit le nombre de fois où Airbus répète ça, il ne semble pas que les gouvernements européens soient décidés à résoudre ce problème, et au contraire ils continuent à donner de l'argent à Airbus qui continue de l'accepter", dénonce M. Novick.

"Ca ne pose pas les bonnes fondations pour une négociation", juge-t-il.

A l'inverse, Boeing "a dit clairement qu'il ferait tout ce qui est nécessaire pour permettre aux Etats-Unis" de se mettre en conformité avec les décisions de l'OMC, qui leur a également demandé de retirer certaines aides.

Si Airbus persistait à recourir à des aides illégales, Boeing pourrait invoquer une procédure de sanction à l'OMC "qui implique la possibilité de sanctions commerciales et droits de douane sur certains produits", mais "personne n'a envie que ça arrive", insiste M. Novick.

Dans ce dossier où les positions des deux parties semblent aussi symétriques qu'irréconciliables, le directeur commercial d'Airbus John Leahy a affirmé lundi dans une interview à l'AFP que "les deux constructeurs" recevaient des subventions gouvernementales.

"Quand l'OMC rendra sa décision en appel à la fin de l'été, elle jugera que Boeing a reçu encore plus de subsides dommageables qu'Airbus", a-t-il ajouté.