Xavier Niel, le fondateur d'Iliad, lors de la présentation des offres Free Mobile, le 10 janvier 2012.
Xavier Niel, le fondateur d'Iliad, lors de la présentation des offres Free Mobile, le 10 janvier 2012. - Jacques Brinon/NBC/AP/SIPA

M.B.

C’est la réponse du berger à la bergère. Rejetant les accusations de ses concurrents, selon lesquelles Free Mobile serait, en bonne partie, responsable de l’érosion de l’emploi et de l’investissement dans le secteur des télécoms, Xavier Niel, s’était fendu, vendredi, d’une tribune, dans Les Echos, jugeant simplistes les arguments de ses détracteurs. Thierry Breton, l’ancien président de France Télécom, n’a semble-t-il, pas été convaincu. Dans l’édition du week-end du quotidien Le Monde, il  a tiré la sonnette d’alarme. Paraphrasant Jacques Chirac, qui lors d’un discours, prononcé en 2002, au sommet de la Terre de Johannesburg,  fustigeait l’indifférence du monde face au réchauffement climatique, le PDG d’Atos sonne la charge : «Notre industrie des télécoms brûle et nous regardons ailleurs.»

Jusqu’à 70.000 suppressions d’emploi en deux ans 

A grand renfort d’études, il pointe le risque que fait courir Free d’entraîner la disparition de 10.000 à 70.000 emplois dans les deux ans.  «Une spirale destructrice est à l’œuvre et nous avons l’œil rivé sur les baisses de prix et la frénésie des nouvelles offres», met en garde Thierry Breton, pour qui, l’arrivée en France d’un quatrième opérateur mobile ne peut se justifier seulement par un effet de court terme sur les prix. En effet, les opérateurs sont confrontés aujourd’hui «à un moment inédit où émerge de façon concomitante trois cycles d’investissement cruciaux» : la fibre pour les réseaux fixes, la nouvelle génération 4G pour le mobile et le «cloud computing» avec la gestion des données des utilisateurs et clients. L’arrivée de Free sur le mobile et sa politique tarifaire agressive affaiblit la valeur et la profitabilité d’Orange, de SFR et de Bouygues Telecom, au pire moment. Avec deux conséquences à la clé. D’abord, une réduction de la capacité d’investissement dans une période charnière. «En France, trois milliards d’euros seront nécessaires chaque année pour déployer la 4G. Et de 20 à 30 milliards d’euros sur la décennie pour la fibre optique. Comment y pourvoir si les marges fondent rapidement ?», s’interroge Thierry Breton. Ensuite, ce dernier s’inquiète de la vulnérabilité accrue des acteurs français «dans la consolidation mondiale en cours».

Refonder la régulation

Malgré tout, il salue Xavier Niel, «entrepreneur ingénieux, qui a su tirer profit, dans le respect des lois, de toute les opportunités offertes par le régulateur des télécoms, l’Arcep» pour se lancer dans l’aventure du mobile. C’est d’ailleurs contre le gendarme des télécoms qu’il se montre le plus féroce. «Loin de négliger les bienfaits d’une saine concurrence, il faut redonner du sens  collectif à la régulation, infléchir au nom de l’intérêt général les excès individualistes portés par le consumérisme. Privilégier le low cost dans la décennie qui vient ne saurait tenir lieu de politique industrielle !», s’exclame Thierry Breton. Il  appelle donc le nouveau gouvernement à refonder la «régulation sectorielle» en se recentrant sur les missions cardinales de l’emploi et de l’investissement et de favoriser les niveaux de prix en cohérence avec la valeur des infrastructures.