Pourquoi l'Allemagne va bouter la Grèce hors de l'Euro dès vendredi

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Publié le 22 juin 2012.

INTERVIEW - En économie comme en foot, le sérieux et la rigueur de l'Allemagne vont faire la différence face à une Grèce, sans génie offensif, selon l'économiste Marc Touati...

Les performances économiques d’un pays se reflètent-elles dans les résultats de son équipe de football? A coup sûr, rarement. Sauf que ce vendredi, à l’occasion du match Allemagne-Grèce, le lien de cause à effet à toutes les chances de se réaliser, d’après l’économiste Marc Touati, auteur de «Quand la zone euro explosera...»

La Grèce peut-elle sortir de l’euro?
Footballistiquement, oui. Economiquement non. Et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il n’est pas possible de forcer un pays à sortir de la zone euro. C’est lui seul qui peut le décider en activant une clause dite d’opting out. Ensuite, si la Grèce abandonne la monnaie unique, elle devra payer des taux d'intérêt prohibitifs sur sa dette publique. Au moins 40% sur le taux à dix ans. Des lors, elle sera forcée de faire défaut et de ne plus rembourser sa dette. Or, les Etats européens détiennent environ 290 milliards d’euros de dette grecque. L'Etat français en possède 60 milliards. Mécaniquement, une sortie de la Grèce de la zone alourdirait notre déficit et notre dette de 3 points de PIB. Une situation intenable vu l’état de nos finances publiques aujourd’hui et la défiance des marchés irait croissante. Ensuite, si la Grèce sortait de la zone euro, cela créerait un dangereux précédent. C’est comme ouvrir la boîte de pandore. Ce serait la fin de la solidarité européenne aux yeux des investisseurs qui du coup appliqueraient des taux d’intérêt très élevés à d’autres pays en difficulté comme l’Espagne, le Portugal, voire l'Italie. L'effet domino deviendrait dramatique. 

Quels sont les atouts et les points faibles des deux pays ?
Le principal atout de la Grèce c’est justement le risque qu’elle fait planer sur le reste de la zone euro si jamais elle venait à en sortir. Elle est donc en position de force pour marchander une rallonge d’aides de la part de ses partenaires ou de nouveaux délais pour apurer ses finances publiques. Ses points faibles: l’absence de relais de croissance. Le tourisme qui représente 16% du PIB est en chute libre, l’industrie du pays est réduite à la portion congrue. Le pays doit importer la plus grande partie de ses besoins de consommation. Si jamais, il abandonnait l’euro, ses importations coûteraient deux fois plus cher et les taux d’intérêt de sa dette flamberaient. De quoi étrangler le pays encore plus qu’aujourd’hui.
De son côté, l’économie allemande, comme son équipe de football, est une belle mécanique bien huilée. Les choses sont claires et carré. Un seul exemple. Volkswagen, qui était au bord du gouffre, il y a une dizaine d’années, a réussi à mettre d'accord direction et syndicats qui ensemble ont réussi aujourd’hui à faire de cette entreprise l’un de groupes automobiles les plus puissants et rentables au monde. La faiblesse du pays en revanche, c’est sa population de plus en plus âgée. Pour l’Allemagne, la situation risque à terme d’impacter son niveau de croissance. Ceci explique notamment pourquoi le pays ne veut plus payer pour les autres, comme la Grèce, sans garantie d’une véritable maîtrise des finances publiques.

Vendredi, sur le terrain, le mauvais élève grec peut-il créer la surprise face à la rigueur allemande?
Oui, j’aimerais bien que la Grèce créée la surprise pour changer un peu. Mais comme en économie, je crois que le sérieux de l’équipe allemande viendra à bout de son adversaire grec.

Propos recueillis par Mathieu Bruckmüller
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