Un consultant financier cité comme témoin par la défense, extérieur au dossier mais affirmatif, a décortiqué jeudi matin au procès en appel de Jérôme Kerviel le mécanisme d'un supposé complot à la Société Générale contre l'ancien trader.
Un consultant financier cité comme témoin par la défense, extérieur au dossier mais affirmatif, a décortiqué jeudi matin au procès en appel de Jérôme Kerviel le mécanisme d'un supposé complot à la Société Générale contre l'ancien trader. - Mehdi Fedouach afp.com

© 2012 AFP

Un consultant financier cité comme témoin par la défense, extérieur au dossier mais affirmatif, a décortiqué jeudi matin au procès en appel de Jérôme Kerviel le mécanisme d'un supposé complot à la Société Générale contre l'ancien trader.

"Il n'y a pas eu de perte en réalité" liée aux opérations de Jérôme Kerviel, a déclaré à la cour Jacques Werren, 59 ans, ex-directeur général adjoint de l'ancien Matif (marché à terme des instruments financiers).

Selon lui, il aurait été "bien plus grave" pour la banque d'admettre une perte colossale sur les subprimes que de pointer les dérives d'un trader isolé. Ce que la banque conteste, estimant que sa réputation en aurait certainement moins souffert.

Pour Jacques Werren, la Société Générale a sacrifié Jérôme Kerviel mais sauvé "la place" financière de Paris.

"Si vous pensez cette thèse crédible, vous avez un excellent moyen de la démontrer", a dit à la cour M. Werren, costume et cheveux gris, une main dans la poche du pantalon. "J'affirme ici qu'il est possible de la démontrer, en réclamant, pourquoi pas, à la commission bancaire, d'aller voir les comptes maison de la Société Générale", a-t-il déclaré.

Pour la banque, encore une fois, cette thèse relève de "l'intuition délirante", a commenté l'un de ses avocats, François Martineau.

"La cour fait du juridique, du droit, pas de romantisme, nous ne sommes ni poètes, ni écrivains", a souligné en cours de démonstration la présidente de la cour, Mireille Filippini.

La thèse de la machination, selon laquelle l'affaire Kerviel aurait permis à la Société Générale de masquer ses pertes dans la crise des crédits hypothécaires américains "subprimes" en 2007-2008, est devenue le fil conducteur du procès en appel de l'ancien trader.

En première instance, Jérôme Kerviel a été condamné à trois ans de prison ferme et 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêts pour avoir causé début 2008 une perte du même montant, après avoir pris sur les marchés financiers des positions spéculatives de plusieurs dizaines de milliards d'euros, à l'insu de ses chefs selon la banque.

Kerviel affirme que ses supérieurs l'ont sciemment laissé prendre ces positions démesurées parce qu'il était "couvert" par ailleurs par la banque, qui n'attendait que le moment opportun pour lui faire porter le chapeau des pertes des subprimes.