Comment l'Espagne a cédé aux pressions, de tractations en réunions secrètes

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Publié le 10 juin 2012.

PARIS - Jusqu'au bout, l'incertitude a régné: l'Espagne demanderait-elle, sous la pression, l'aide de la zone euro pour sauver ses banques? Et, surtout, à quelles conditions? Tractations, réunions secrètes et démentis officiels ont rythmé ce nouvel épisode de la crise.

Samedi, au terme d'une réunion téléphonique de deux heures et demie des ministres des Finances de l'Union monétaire, Madrid a fini par officialiser sa requête. Immédiatement, la zone euro a promis de lui prêter "jusqu'à 100 milliards d'euros" pour recapitaliser son secteur bancaire exsangue.

Voilà le résultat d'âpres négociations qui, en coulisses, se sont accélérées en milieu de semaine.

"A partir de mercredi et jeudi, il y a eu des contacts constants et il était clair qu'il fallait agir vite", explique un haut responsable gouvernemental européen, qui révèle à l'AFP l'existence d'une première conférence téléphonique de l'Eurogroupe, jeudi matin, "qui n'a pas été dévoilée". "C'est à ce moment-là qu'on a lancé le processus", affirme-t-il.

- L'Espagne devait parler en premier -

Mais l'ouverture du processus ne signifie pas que l'accord est garanti. Car si l'Espagne espère un soutien européen, un véritable bras de fer est engagé.

D'abord, le pays ne veut pas donner l'impression qu'on lui a forcé la main. Dès lors, "tout a été fait pour que le gouvernement espagnol parle le premier", reconnaît-on de source diplomatique. Publiquement, les dirigeants européens s'abstiennent d'exercer les pressions qu'ils multiplient, en privé, sur Madrid.

L'autre front concerne la substance de l'accord.

Pour le haut responsable gouvernemental, le pays "avait besoin d'être respecté et ne voulait pas être mis sous tutelle ou sous programme d'austérité". Or les autres Etats secourus par les Européens et le Fonds monétaire international (FMI), Grèce, Irlande et Portugal, l'ont été en échange de conditions draconiennes. Et Berlin répète à l'envi que l'Espagne doit à son tour "accepter des conditions".

Tout se joue donc autour de ces contreparties. Plusieurs pays, dont la France, souhaitent qu'elles ne portent que sur la restructuration du secteur financier. D'autres rechignent à accepter ce traitement "sur mesure".

Vendredi matin, des informations de presse font état d'une téléconférence de l'Eurogroupe prévue pour le lendemain, avec demande d'aide espagnole à la clé. Mais les capitales restent muettes.

Selon deux diplomates, les directeurs du Trésor sont alors "en stand-by", "suspendus à leur téléphone", prêts à se réunir en cas de demande espagnole.

- "Tiraillements" -

"Les esprits sont mûrs en Europe pour une aide à l'Espagne, mais pas encore en Espagne", décrypte une source proche du dossier. "Donc il y a une pression sur Madrid pour qu'elle demande l'aide, et la zone euro se tient prête à réagir dès que besoin."

Certains s'inquiètent même de l'effet de la rumeur, alors que Madrid persiste à tout démentir. "Maintenant que le bruit court, c'est compliqué de savoir comment cela joue sur les autorités espagnoles, cela peut les déterminer à tenir", prévient un autre diplomate.

C'est finalement vendredi soir que la réunion du samedi est convoquée, selon un responsable européen. Le scénario est aussi esquissé: le FMI révèlera en avance, dans la nuit, son évaluation des besoins des banques espagnoles, puis l'Espagne communiquera sa demande d'aide à l'issue de l'Eurogroupe et uniquement après la zone euro y répondra, favorablement.

La pression des agences de notation et de Washington semble alors avoir contribué à avoir raison de la résistance espagnole.

Tout n'est pas réglé pour autant. Samedi matin, Madrid affirme encore que "rien n'a changé" dans sa position. Et l'après-midi, moins d'une demi-heure avant la fin de la réunion, un participant lâche à l'AFP: "ça peut encore coincer à la dernière minute". Il évoque des "tiraillements" de la part des Etats les plus solides, dont la Finlande, "qui veulent imposer des conditions et une surveillance budgétaires et économiques à l'Espagne".

- L'honneur est sauf -

En revanche, l'Allemagne semble avoir fini par se rallier à des contreparties strictement bancaires.

C'est cette dernière position qui l'emporte, comme le souhaitait Madrid. Le FMI ne jouera qu'un rôle de "surveillance". L'honneur de la quatrième économie de la zone euro est sauf et son ministre de l'Economie Luis de Guindos peut marteler, en soirée, que ce plan "n'a rien à voir avec un sauvetage".

Restent quelques écueils: Helsinki se réserve le droit d'exiger des "garanties", et l'Irlande veut renégocier l'aide dont elle a bénéficié pour ses banques à des conditions moins avantageuses que Madrid.

En Espagne, le chef du gouvernement Mariano Rajoy est raillé sur Twitter pour sa discrétion pendant le dénouement de la crise, et le hasthag #Rajoycobarde (Rajoy lâche) fait florès.

Malgré tout, la vie reprend ses droits, et le football aussi. Après s'être finalement exprimé pour nier avoir cédé aux pressions, Mariano Rajoy sera dimanche soir en Pologne au premier match de l'Espagne à l'Euro-2012, contre l'Italie.

© 2012 AFP
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