En 2011, les loyers ont augmenté en moyenne de 2,4% dans l'agglomération parisienne, contre 1,6% dans les villes de province.
En 2011, les loyers ont augmenté en moyenne de 2,4% dans l'agglomération parisienne, contre 1,6% dans les villes de province. - PHILIPPE HUGUEN / AFP

Bertrand de Volontat

Face à la proposition de décret sur le blocage des loyers à la relocation proposé par la nouvelle ministre, deux camps se sont formés sur les conséquences que produiraient une telle mesure. 

Les petits investisseurs en danger?

«Cette décision ne répond pas à la crise du logement», affirme à 20 Minutes Philippe Buyens, directeur réseau de la franchise Guy Hoquet. Ce dernier parle d’un message négatif envers les investisseurs, qu’«il ne faut pas dissuader». Surtout en période de stagnation de l’économie. «La vraie crise, c’est un manque de logements et plus il y aura d’offres, plus les loyers baisseront. Il faut libérer des logements.»

Affirmant que la France reste soutenue par les petits investisseurs, il soutient qu’un tel décret entraînerait d’une part la vente des biens des propriétaires, afin de dégager des liquidités, ou d’autre part à ne plus louer. Pour François Fillon, ancien Premier ministre, «encadrer les loyers, ça veut dire qu'il n'y a plus aucun investissement.» Selon l'ancien Premier ministre, «ce n'est pas «en contraignant les choses qu'on arrivera à faire baisser les loyers». Marine Le Pen, présidente du Front national a dénoncé un «prototype de fausse bonne idée». Selon elle, «l'investissement ne se fera plus par les personnes privées qui elles-mêmes voient leur pouvoir d'achat baisser».

Jean-François Copé, secrétaire général de l'UMP a mis en garde contre le «flou» présumé de cette proposition. «Attention au contenu de ces mesures, elles sont tellement floues qu'on ne sait pas de quoi il s'agit, a-t-il dit sur France Inter. S'il s'agit d'éviter les augmentations abusives de loyers, là je vous dis c'est le bon sens même. S'il s'agit en revanche de s'acheminer vers un blocage complet des loyers, le risque c'est qu'il n'y ait plus de propriétaires pour louer leur logement», a-t-il ajouté. 

Soulager les locataires qui n'ont plus le choix

Un avis que ne partage pas Thierry Repentin, le président de l'Union sociale pour l'habitat (USH), qui ne voit pas de cause à effet entre ce décret et les investisseurs. «Le locataire aujourd’hui n’a pas le choix. Ensuite, iI n’arrive plus à payer et plus vous aurez des mesures comme ce décret pour bloquer les loyers, plus il y aura un resserrement», détaille-t-il à 20 Minutes. Il poursuit à ce sujet sur les écarts: «Le niveau des loyers entre le logement social et le logement privé ne cesse de s’éloigner. Du simple au double en France, du simple au quadruple à Paris.» Il tempère toutefois la portée de ce décret: «Cela ne peut être qu’une mesure transitoire qu’il faudra compléter par des mesures structurelles afin de créer de l’offre.

Bertrand Delanoë, maire de Paris, s'est quant à lui réjoui lundi de l'annonce par Cécile Duflot, qui va permettre, selon lui, de commencer à faire face à la «situation anormale du marché locatif pesant sur les ménages» à Paris.

Convaincre les bailleurs de baisser les prix?

René Pallincourt, président de la FNAIM précise qu'«il existe une alternative au blocage des loyers qui consiste à motiver les bailleurs privés à pratiquer des loyers plafonds pour garantir aux ménages modestes un taux d’effort inférieur à 25%», précise-t-il.

La FNAIM propose la définition d’un nouveau contrat entre bailleurs et locataires, le «Bail Puissance 3» bâti sur un engagement volontaire des bailleurs à louer des logements à des loyers inférieurs de 50% aux loyers de marché. Ces derniers obtiendraient en contrepartie une légitime compensation pour préserver l’équilibre de leur investissement avec une déduction spécifique de 100% au titre de leurs revenus fonciers et une exonération totale de plus-values au bout de 15 ans.

Cécile Duflot ne manquera pas de solutions de rechange ni d'idées de poursuite de cette initiative sur les loyers.