Malmenée sur les marchés, au coeur de toutes les inquiétudes, l'Espagne parie sur la création d'une union bancaire européenne qui permettrait de recapitaliser son secteur financier sans demander un plan de sauvetage pour le pays, quitte à renoncer en partie à sa souveraineté budgétaire.
Malmenée sur les marchés, au coeur de toutes les inquiétudes, l'Espagne parie sur la création d'une union bancaire européenne qui permettrait de recapitaliser son secteur financier sans demander un plan de sauvetage pour le pays, quitte à renoncer en partie à sa souveraineté budgétaire. - Georges Gobet afp.com

© 2012 AFP

Malmenée sur les marchés, au coeur de toutes les inquiétudes, l'Espagne parie sur la création d'une union bancaire européenne qui permettrait de recapitaliser son secteur financier sans demander un plan de sauvetage pour le pays, quitte à renoncer en partie à sa souveraineté budgétaire.

Lundi, le commissaire européenne aux Affaires économiques, Olli Rehn a vigoureusement défendu l'option qui permettrait au fonds de sauvetage de la zone euro de recapitaliser directement les banques.

"De notre point de vue, à la Commission européenne, c'est une possibilité sérieuse de casser le lien entre les (dettes) souveraines et les banques", a-t-il expliqué lors d'une visite à Bruxelle du ministre français des Finances, Pierre Moscovici, qui défend également cette option.

De quoi soulager l'Espagne, qui place depuis plusieurs jours tous ses espoirs sur cette perspective.

La tempête économique qu'affrontait le pays depuis des mois s'est transformée en véritable cyclone lorsque Bankia, la troisième banque du pays (par les actifs), a demandé en mai un sauvetage public historique de 23,5 milliards d'euros.

Depuis, le consensus s'est installé au sein de l'Union européenne: les banques espagnoles ont besoin d'une nouvelle, et profonde, vague de recapitalisation.

Selon des "experts du gouvernement fédéral allemand", cités par le journal Der Spiegel, 50 à 90 milliards d'euros devraient être injectés dans les banques espagnoles, qui souffrent de leur exposition au secteur immobilier depuis l'explosion de la bulle, en 2008.

De quoi pulvériser les plans d'austérité du gouvernement, qui vise un déficit public de 5,3% du PIB et une dette de près de 80% du PIB à la fin de l'année.

Mais le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy semble justement déterminé à éviter un scénario à l'irlandaise, où le sauvetage des banques a plombé les finances du pays jusqu'à l'acculer au sauvetage.

Pour lui, le salut devra venir du Mécanisme européen de stabilité, le MES, à condition que les membres de la zone euro l'habilitent à recapitaliser directement sur leur demande les banques, sans que le pays soit forcé de solliciter un plan de sauvetage.

Les propositions de la Commission européenne allant dans le sens d'une "union bancaire" "nous paraissent extraordinairement justes", s'est enthousiasmé samedi Mariano Rajoy, lors d'un discours en Espagne.

Il a souligné son accord avec "le besoin de centraliser la supervision bancaire", la volonté de créer un "fonds de garantie des dépôts" commun et des "instruments pour capitaliser directement les banques européennes".

"Les négociations avancent, nous nous attendons à ce que la situation évolue dans cette direction ce mois-ci", a indiqué à l'AFP une source gouvernementale, lundi.

Pour voir ce projet aboutir, l'Espagne est même prête à céder plus de "souveraineté, particulièrement dans le secteur budgétaire", a admis Mariano Rajoy samedi.

Selon lui, une "autorité budgétaire européenne" pourrait ainsi mener "un contrôle centralisé des finances".

Réaliste, le gouvernement reconnaît cependant que l'union bancaire ne se fera pas "du jour au lendemain".

"L'Union européenne est une machine qui a son propre rythme", souligne la source gouvernementale. "Il faudra attendre le Conseil européen de la fin du mois".

Mais en attendant, l'Espagne pourra-t-elle supporter la pression des marchés?

D'autant que l'incertitude planant sur le résultat des élections en Grèce, le 17 juin, accentue la tension.

Malgré un rebond de plus de 3% enregistré dans l'après-midi lundi, la Bourse de Madrid a perdu 27% depuis janvier.

Et si elle s'est détendue depuis le pic de la semaine dernière, la prime de risque (surcoût payé par l'Espagne pour emprunter à dix ans par rapport à l'Allemagne, référence en zone euro) reste à des sommets, à 516 points.