Crise de la dette: Pourquoi les marchés se méfient de l’Espagne

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Publié le 4 juin 2012.

ECONOMIE - L'Espagne, à l'instar de la Grèce, inquiète les places financières européennes et mondiales. Alors pourquoi une telle méfiance à l'égard de la péninsule ibérique?...

>> Suivre l’évolution des marchés boursiers européens en ce début de semaine

De quoi s’inquiètent les marchés?

Une donnée en particulier inquiète: celle de la recapitalisation de 100 milliards d’euros des banques espagnoles et l’écart entre le rendement souverain de l’Espagne et celui de l’Allemagne à dix ans qui s’envole en conséquence. Face au manque de visibilité, les investisseurs se montrent en effet frileux pour venir en aide aux capitaux des banques ibériques.

«Après la Grèce et le Portugal, c’est au tour de l’Espagne de sombrer dans la spirale infernale. Récession, augmentation des déficits et de la dette, forte hausse des taux d’intérêt, qui aggrave encore l’atonie économique, plan de rigueur qui ne résout rien et alimente la récession, crise bancaire, mouvement de défiance puis nouvelle remontée des taux d’intérêt», écrit l’économiste Marc Touati dans sa lettre hebdomadaire.

Comment en est-on arrivé là?

«Après avoir laissé la crise grecque dégénérer et mis trois ans à comprendre qu’elle reflétait un malaise bien plus grave qui concernait toute la zone euro, les dirigeants eurolandais ont fait exactement la même erreur avec le Portugal et aujourd’hui avec l’Espagne. Le problème est que si la Grèce ne représente qu’environ 2,5 % du PIB eurolandais, la part de l’Espagne atteint 13 %», poursuit l’économiste.

Un problème au niveau européen?

BNP Paribas analyse pour sa part que «malgré le possible octroi d’un délai supplémentaire, le calendrier de réduction des déficits imposé par la Commission européenne reste trop serré. Il reflète autant le manque de coordination économique et politique en Europe que le déficit de confiance qui existe entre partenaires européens». Et qui se répercute directement sur les investisseurs.

«Un appel au fonds de soutien européen (FESF) pourrait sauver la donne. Pour l’instant, le gouvernement espagnol s’y refuse, préférant le coût financier d’une recapitalisation par les marchés. Il s’agit là d’une autre des faiblesses de la réponse européenne à la crise». En attendant, l’Etat espagnol pourrait rapidement s’attaquer à la recapitalisation de Bankia via le fonds de restructuration ordonnée des banques. Un choix à méditer car cette solution onéreuse, rendra plus difficiles de nouvelles recapitalisations publiques, à en croire un analyste de BNP Paribas.

Y a-t-il des raisons de ne pas s’affoler?

Quelques signes positifs sont à noter. Le nombre de chômeurs en Espagne a baissé de 0,63% en mai, avec 4,71 millions de personnes, le deuxième mois de recul après avoir atteint en mars un record historique, en pleine récession, a annoncé lundi le ministère du Travail.  Et l’Espagne ne perd ni son sens de l’humour ni de la vie: Les habitants de Guijo de Galisteo ont approuvé ce dimanche par référendum le maintien en l'état du budget consacré à la tauromachie et autres festivités, rejetant la proposition de consacrer la moitié de cette somme à la création d'emplois. 

De plus, la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé lundi n'avoir procédé à aucun rachat d'obligations souveraines la semaine dernière, confirmant ainsi sa volonté de résister aux pressions en faveur d'une intervention pour faire baisser les rendements de la dette espagnole. Enfin, prise dans son ensemble, cette dette est au même niveau qu’il y a deux ans (à environ 260% du PIB).

Mais, à moins que la véritable rédemption de l’Espagne auprès de ses compatriotes européens ne vienne de l’Euro 2012 de football dès la semaine prochaine, le pays ferait bien de ne pas trop attendre avant de réagir et de se décider sur l’origine des fonds nécessaires. 

Bertrand de Volontat
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