«Les banques ne sont pas à l'abri d'une nouvelle affaire Kerviel»

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Publié le 3 juin 2012.

INTERVIEW – Pour la journaliste Olivia Dufour, elles n'ont pas tiré les leçons d'une fraude qui a fait vaciller la Société générale...

Quatre ans après la perte de 4,9 milliards d’euros de la Société générale sur des produits dérivés liée, selon elle, aux dissimulations de son trader Jérôme Kerviel, Olivia Dufour, journaliste économique, auteur de Kerviel : enquête sur un séisme financier (Eyrolles), nous explique comment de telles fraudes vont à nouveau toucher des banques dans les années à venir.

Les banques sont-elles à l’abri d’une nouvelle affaire Kerviel?

Non. La preuve, le même phénomène s’est reproduit à la Caisse d’Epargne en octobre 2008 avec une perte de 800 millions d’euros, chez UBS en septembre 2011 avec deux milliards de dollars de pertes tout comme chez JP Morgan plus récemment. Et ce n’est que le début.

Pourquoi?

Si l’on en croit l’argumentation de la Société générale, validée par les juges de première instance, Jérôme Kerviel est l’unique responsable de cette fraude. Sans préjuger de la décision que prendra la Cour d’appel, cela signifie que la Société générale n’aurait pas vu les engagements pris par son trader, soit deux fois 30 milliards en 2007 et  50 milliards  en janvier 2008! Soit c’est un génie, or les experts de la commission bancaire sont venus dire le contraire à la barre, soit le système de contrôle interne de la banque était particulièrement défaillant. Or, elle a été condamnée à quatre millions d’euros d’amende en juillet 2008 pour cette raison, alors qu’elle était réputée pour avoir le meilleur contrôle interne au monde. Dans toutes les grandes entreprises, mais en particulier dans les banques, les systèmes de contrôle sont très administratifs, très lourds et entraînent des situations absurdes. Dans l’affaire Kerviel, le trader a déclenché des dizaines d’alertes, mais les personnes en charge du contrôle ont expliqué que leur métier n’était pas de comprendre les problèmes mais de faire taire les alarmes. Surtout, les contrôleurs ne sont pas assez sensibilisés au risque de fraude. Le système de contrôle est complètement déresponsabilisant et crée un sentiment de fausse sécurité. Et ce phénomène ne se limite pas aux banques. Les spécialistes qui travaillent sur ces questions alertent depuis des années sur la nécessité de replacer l’intelligence humaine au cœur du management et des contrôles plutôt que d’empiler les procédures administratives absurdes et, au final, terriblement dangereuses.

Pourtant depuis 2008, les régulateurs ont obligé les banques à renfoncer leur contrôle interne pour limiter les risques?

A chaque crise sonne le refrain du «plus jamais ça». On pose des rustines, dans l’urgence, pour colmater les fuites. Et puis une nouvelle crise éclate ailleurs. Notamment parce que la finance a les moyens de contourner les règles. Il conviendrait d’anticiper chacune de ses réactions et, à défaut, d’évaluer les risques de ces contournements pour ne pas créer un danger plus grand que celui qu’on prétend corriger. Mais cela suppose de réglementer dans la sérénité, en prenant le temps de réfléchir à toutes les conséquences.

Justement, l’une des solutions avancée, notamment par François Hollande, pour sécuriser les avoirs des particuliers, est de séparer les banques de dépôts et d’investissement?

Là encore, il est important d’évaluer tous les risques qu’entraînerait une décision fabriquée avec les meilleures intentions du monde. On pourrait imaginer qu’en échange d’une telle séparation, les banques d’investissement demandent une plus grande liberté susceptible de créer une poche de nouveaux risques qui pourrait mettre à mal l’ensemble du système bancaire en raison de la profonde interdépendance des différents établissements financiers.

Propos recueillis par Mathieu Bruckmüller
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