Echaudées par la crise et sous la pression du régulateur, les banques françaises assurent ne plus pratiquer la spéculation pour leur propre compte, mais les analystes s'interrogent encore sur une activité dont les profits, mais aussi les pertes, peuvent être considérables.
Echaudées par la crise et sous la pression du régulateur, les banques françaises assurent ne plus pratiquer la spéculation pour leur propre compte, mais les analystes s'interrogent encore sur une activité dont les profits, mais aussi les pertes, peuvent être considérables. - Lionel Bonaventure afp.com

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Echaudées par la crise et sous la pression du régulateur, les banques françaises assurent ne plus pratiquer la spéculation pour leur propre compte, mais les analystes s'interrogent encore sur une activité dont les profits, mais aussi les pertes, peuvent être considérables.

Les grands établissements de l'Hexagone reconnaissent avoir usé du "compte propre" - c'est-à-dire les achats et ventes que réalise une banque pour elle-même.

Mais alertés par le régulateur sur ces prises de risque excessives et sans bénéfice pour le client, notamment apres quelques incidents coûteux (Caisse d Epargne, Crédit Agricole), ils affirment avoir aujourd'hui avoir renoncé à la spéculation.

Si les grands établissements français reconnaissent avoir usé du "compte propre" - c'est-à-dire les achats et ventes que réalise une banque pour elle-même -, ils affirment avoir aujourd'hui renoncé à la spéculation.

"Nous avons arrêté nos activités spéculatives", a déclaré à l'AFP le directeur général de Crédit Agricole SA, Jean-Paul Chifflet.

"Ce sont des activités que nous avons décidé d'arrêter et qui ont été presque totalement réduites au cours des trois dernières années. Elles représentent aujourd'hui une part infime de la banque de financement et d'investissement de Natixis, avec l'objectif d'arriver à zéro fin 2012", indique Stéphane About, responsable des marchés de taux, change, matières premières et trésorerie de la filiale de BPCE.

Quant à Société Générale et BNP Paribas, elles évaluent que le compte propre pèse, pour chacune, moins de 3% de leurs revenus.

Elles assurent que l'essentiel de ces activités est en réalité destiné à se couvrir contre des risques (évolution des taux d'intérêt ou des devises principalement) et à servir les clients.

Elles font référence au rôle de "teneur de marché" (market maker), qui consiste pour une banque à offrir des débouchés immédiats à ses clients qui souhaitent vendre ou acheter des produits financiers en se substituant temporairement à l'acheteur ou au vendeur final.

Toutes les banques françaises appellent ainsi le nouveau président François Hollande à préserver cette fonction lorsque son gouvernement préparera la loi annoncée depuis le début de l'année et qui doit isoler le compte propre du reste des activités de la banque.

Spéculation qui ne dit pas son nom ?

Toutefois certains analystes demeurent sceptiques, compte tenu des montants en jeu.

"S'il ne s'agissait que de réel +market making+ (teneur de marché), le compte propre ne générerait qu'un très faible revenu, car il n'a pas d'autre vocation que d'être tout juste à l'équilibre d'exploitation pour les banques", pointe ainsi Christophe Nijdam, analyste de AlphaValue.

"3% (des revenus d'une banque générés par cette activité), ce n'est quand même pas rien", s'étonne de son côté un analyste, sous couvert d'anonymat.

Pour d'autres, le rôle de teneur de marché n'est qu'"un service rendu aux clients". "Donc on se rémunère un petit peu", justifie sous couvert d'anonymat un banquier, écartant toute notion de spéculation.

Mais il n'est pas aisé de distinguer cette activité de la spéculation.

Ainsi pour M. Nijdam, certaines "positions directionnelles" - c'est à dire qu'elles ne sont pas vouées à couvrir un risque - sont "prises sous couvert de +market making+". Selon lui, il s'agit alors de "spéculation".

Et de fait, souligne Joo-Yung Lee, managing director au sein de l'agence de notation Fitch, "il est très difficile de conserver des produits financiers en stock sans adopter de direction" c'est-à-dire sans parier sur l'évolution des marchés et donc sans prendre des risques.

M. Nijdam cite ainsi l'exemple récent de la banque américaine JPMorgan Chase qui, sous couvert d'une stratégie de couverture, en théorie sans risque, a perdu au moins deux milliards de dollars.

L'analyste d'AlphaValue met également en avant le trading haute-fréquence, activité qui consiste à placer, via des logiciels programmés en algorithmes, des millions d'ordres d'achat et de vente pour profiter de très faibles écarts de prix sur les marchés.

Selon ses estimations, basées sur ses sources de marché, cette seule activité dégagerait, pour Société Générale et BNP Paribas, des revenus conséquents, ce que contestent les banques.

Toutefois selon certains observateurs, les montants en jeu dans l'activité de "compte propre" ont sensiblement baissé depuis la crise.

"Nos inventaires (les volumes de produits financiers conservés par les banques pour répondre aux demandes de leurs clients) ont été énormément réduits ces dernières années", confie un banquier sous couvert d'anonymat.

Le trader de la Société Générale, Jérôme Kerviel, dont le procès en appel s'ouvre le 4 juin, n'a pas à proprement parler pratiqué le "compte propre" car il a agi sans mandat de ses supérieurs et en usant de procédés frauduleux.