L'Etat, actionnaire minoritaire d'Air France-KLM, s'élève farouchement contre la prime de non-concurrence de 400.000 euros versée à l'ex-directeur général du groupe aérien, mais son veto, qui doit être officialisé jeudi, n'obligera pas l'intéressé à rembourser.
L'Etat, actionnaire minoritaire d'Air France-KLM, s'élève farouchement contre la prime de non-concurrence de 400.000 euros versée à l'ex-directeur général du groupe aérien, mais son veto, qui doit être officialisé jeudi, n'obligera pas l'intéressé à rembourser. - Eric Piermont afp.com

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L'Etat, actionnaire minoritaire d'Air France-KLM, s'élève farouchement contre la prime de non-concurrence de 400.000 euros versée à l'ex-directeur général du groupe aérien, mais son veto, qui doit être officialisé jeudi, n'obligera pas l'intéressé à rembourser.

Cette prime, dont Pierre-Henri Gourgeon a bénéficié en octobre en contrepartie d'un engagement de non-concurrence pendant trois ans consécutive à son brutal débarquement du groupe franco-néerlandais, fait partie d'une indemnité de départ d'un montant total de 1,4 million d'euros.

Elle a été accordée dans le cadre d'une convention, liant M. Gourgeon, 66 ans, au groupe. Mais le code du commerce prévoit qu'elle soit soumise aux actionnaires.

L'Etat français est actionnaire d'Air France-KLM à hauteur de 15%, et sous l'impulsion du nouveau gouvernement socialiste, il souhaite limiter la rémunération des dirigeants des entreprises desquelles il est actionnaire..

La convention en cause fait l'objet d'une résolution "technique" qui doit être ratifiée, jeudi, lors de la prochaine Assemblée générale d'Air France-KLM.

"Nous voterons contre la prime qui a été accordée à l'ancien dirigeant d'Air France et qui a mis la société dans cette grave difficulté, cela s'appelle la décence salariale", a déclaré mercredi le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg.

Mardi, Bercy avait évoqué une "abstention" de l'Etat actionnaire.

"L'abstention équivaut à un vote contre. Sur le fond, cela ne change donc rien", a expliqué à l'AFP une source interne au groupe franco-néerlandais.

Difficilement attaquable "Une non ratification de la résolution n'entraînerait pas une obligation pour Pierre-Henri Gourgeon de rembourser cette somme", a surtout affirmé à l'AFP une source proche du dossier.

Une autre source interne a rappelé que la convention avait été conclue en complète transparence et qu'elle était donc difficilement attaquable sur le plan juridique.

Le vote de jeudi s'apparente à "une ratification plus qu'à une décision", avait expliqué vendredi à l'AFP l'entourage de l'ancien dirigeant.

Interrogé sur les intentions du groupe en cas de rejet de la résolution, un porte-parole a simplement déclaré: "Air France-KLM attend les résultats du vote pour prendre les dispositions nécessaires".

"L'Etat est assez offensif et défend l'équilibre et l'esprit de justice, y compris dans les conseils d'administration de ces grandes sociétés", a argué jeudi M. Montebourg.

"Partout où l'Etat est majoritaire, il imposera notre politique, c'est-à-dire une politique de limitation de l'échelle salariale. Là où il est minoritaire, il cherchera à convaincre", a-t-il ajouté.

La prime de 400.000 euros suscite une polémique depuis sa dénonciation la semaine dernière par le syndicat Unsa-aérien, au moment où Air France-KLM est engagé dans une restructuration drastique.

Le groupe a initié en janvier un plan d'économies de deux milliards d'euros à l'horizon 2015, dont les mesures structurelles doivent être arrêtées le mois prochain pour une mise en oeuvre dès l'été.

La direction d'Air France s'était défendue en expliquant que la prime accordée à M. Gourgeon lui avait été imposée "dans l'intérêt du groupe", et que tous les éléments financiers avaient été transmis au conseil d'administration d'Air France.

Mais la patronne des patrons Laurence Parisot a jugé dimanche qu'elle n'était "pas conforme au code" éthique du Medef, compte tenu de la situation du groupe.

"Cette clause a véritablement été prise dans l'intérêt du groupe", avait commenté l'entourage de l'ancien dirigeant, soulignant que M. Gourgeon avait été contraint de décliner plusieurs propositions de travail en raison de cette clause.