Les eurobonds, ça changerait quoi?

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Publié le 24 mai 2012.

CRISE DE LA DETTE - Rien n'a été décidé quant aux euro-bonds ce mercredi au sommet informel européen. Toutefois, l'idée a été introduite, et c’est un premier grand pas. Ils pourraient être adoptés fin juin. Décryptage...

«Le tabou sur les eurobonds est levé, il y a une reprise de la dynamique, reste à écrire le scénario», souligne-t-on après le sommet dans l'entourage du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Les euro-obligations sont désormais envisagés comme une alternative plausible à la réduction des dettes nationales et à une sortie de crise de la zone euro. 

Qu’est-ce qu’un eurobond ou une euro-obligation?

C'est un emprunt réalisé en commun entre différents Etats de la zone euro assurant ainsi une protection mutuelle et une mutualisation des risques. Cet emprunt commun -pas forcément les dix-sept Etats en même temps- est une arme permettant de lutter contre la spéculation sur la dette, qui touche logiquement les Etats de la zone en difficulté.

Généralement, quand un Etat a besoin de liquidités, il emprunte sur les marchés financiers en émettant une obligation à laquelle peuvent souscrire banques, fonds de pension ou fonds d'investissement. L'Etat emprunte ainsi à des taux dégressifs proportionnels à l'augmentation de la confiance des créanciers en sa capacité à rembourser. C'est pourquoi la Grèce, ou l'Espagne ont les plus grandes difficultés à emprunter à des taux raisonnables. Inversement, l'Allemagne peut emprunter à des taux très compétitifs, voire même proches de zéro.

Les obligations européennes permettraient de faire face à de telles disparités, en mutualisant les risques grâce à des taux d'intérêt qui serait calculé en fonction des taux des différents Etats participant à l'opération. Les Etats qui peinent actuellement à se refinancer sur les marchés, comme la Grèce et l'Espagne, pourraient ainsi y avoir accès de nouveau dans des conditions nettement plus favorables. Sans surprise, ces deux Etats sont très favorables à la mise en place des euro-obligations. 

Comment Hollande a réussi à imposer l’idée des euro-obligations et rallier à sa cause la quasi-totalité des dirigeants européens

François Hollande a déclaré à l’issue du sommet: «Les euro-obligations ne doivent pas être un point d'aboutissement, comme le souhaite Angela Merkel, mais un point de départ dans l'intégration. Le débat va se poursuivre». Il a obtenu entre autres que «la perspective» des euro-obligations soit «inscrite» au menu de l'Union européenne en vue du sommet des 28 et 29 juin prochain.

Merkel a rejeté une fois de plus ce projet d'euro-obligations ne sont pas un outil de croissance. Hollande de son côté a souligné que si l'on mutualisait non pas la dette passée mais une partie de la dette future, le fardeau des pays qui empruntent à des taux élevés serait allégé et un retour plus rapide à la croissance favorisé. Il a réfuté l’idée de mutualiser les dettes déjà existantes, mais s’est dit intéressé par la possibilité de lever des fonds en commun pour de grands projets ou pour permettre à certains pays de se financer à moindre coût.

«Les lignes ont bougé: De nombreux pays ont appuyé cette idée, alors qu'il y a six mois, les partisans des euro-obligations se comptaient sur les doigts de la main». La Grande-Bretagne - qui n'est d'ailleurs pas dans la zone euro - par exemple a appuyé ce mercredi les euro-obligations. La chancelière elle-même a reconnu que s'étaient tenues des discussions «très équilibrées», ouvrant une fenêtre d'entente. Un petit pas pour Merkel mais un grand pas pour la zone. 

Herman van Rompuy, le président du Conseil européen, a conclu que «personne n'avait demandé une introduction immédiate des euro-bonds et que cela prendra du temps (deux ans minimum, NDLR)». Le dirigeant européen a ainsi inscrit ce projet dans le cadre d'un approfondissement de l'Union économique et monétaire. Le mois de juin devrait être synonyme de décisions et projets concrets pour la zone euro. Les dettes européennes sont en revanche encore loin de prendre le chemin de la diminution.

Bertrand de Volontat
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