Une Twizy, le nouveau véhicule électrique de Renault à Paris le 4 avril 2012.
Une Twizy, le nouveau véhicule électrique de Renault à Paris le 4 avril 2012. - PRM/SIPA

AUTOMOBILE Avec moins de 2.700 véhicules immatriculés en France entre janvier et avril, les constructeurs sont très loin de leurs objectifs...

«Niche» «segment très confidentiel» «marché naissant», quel que soit le terme choisi, les experts automobiles sont unanimes: la voiture électrique a encore beaucoup de route à faire pour séduire les automobilistes français.

Une niche de 0,3% du marché automobile français

Selon les chiffres publiés le 15 mai dernier par l’Avem, Association d’information sur les véhicules électriques, le marché français plafonne à 2.645 véhicules électriques vendus au cours des quatre premiers mois de l’année (dont 1.587 voitures particulières (60%)). C’est à peine plus de 0,3% du marché global (811.805 véhicules utilitaires et particuliers immatriculés entre janvier et avril selon le CCFA), très loin de l’objectif de 5 à 10% visé pour 2020 par les constructeurs.

Plus inquiétant encore, cette timide percée reste très largement tirée par la Bluecar du groupe Bolloré adoptée par l’opération d’autopartage parisienne Autolib’ (278 immatriculations sur les 295 enregistrées en avril).

«Du côté de PSA, les ventes de la Citroën C0 et de la Peugeot Ion sont même moins bonnes que celles de début 2011», souligne Michaël Torregrossa, chargé de mission auprès de l’Avem. «A l’époque où elles étaient seules sur le marché, elles ont séduit les "early adopters", mais aujourd’hui elles sont concurrencées par les modèles de Renault au système de recharge plus compétitif», souligne le spécialiste.

Les entreprises plus intéressées que les particuliers

Le bon démarrage de la Twizy semble toutefois avoir raté sa cible: à des lieues des jeunes clubbers se déhanchant sur les mix de David Guetta dans la pub de Renault, ce sont les entreprises qui semblent aujourd’hui le plus intéressées par ces véhicules pour des déplacements urbains ou sur site. Un succès confirmé par les commandes encourageantes de la Kangoo Z.E. la déclinaison électrique de l’utilitaire star de Renault.

«Dans ce marché en démarrage, le gros de ventes se fait via les appels d’offres d’entreprises publiques et privées, à l’image de la Poste ou de l’Ugap, la centrale d’achat de l’Etat», confirme Bertrand Rakoto, expert automobile chez R.L.Polk. «Au-delà de l’image verte, les voitures électriques ont un intérêt pour les flottes d’entreprises dites captives, c'est-à-dire qui roulent peu dans un rayon limité autour des bâtiments et même au sein de grands sites fermés, notamment en raison de frais d’entretien très allégés» explique-il. 

Un choix qui ne convainc toujours pas

Pour les particuliers en revanche, le «business model» du véhicule électrique reste à clarifier dans un environnement économique déprimé. «Au-delà du débat sur l’autonomie des batteries, beaucoup de questions restent sans réponse et notamment sur le coût réel de l’entretien ou le gain financier par rapport au prix de l’essence, notamment dans un contexte d’incertitude sur l’évolution du prix du pétrole mais aussi de celui de l’électricité», estime Stephan Guinchard, directeur expert automobile, au sein du cabinet Simon Kucher & Partners. Une confusion et une incertitude qui «n’aident pas le consommateur à passer l’acte d’achat», ajoute-il.

D’autant que les modèles électriques restent beaucoup plus à chers à l’achat que leurs concurrents thermiques. «Le prix reste un vrai frein dans un contexte économique difficile, d’autant que ce type de véhicule est réservé à l’achat d’une deuxième voiture pour lequel le budget est plus limité» souligne Michaël Torregrossa à l’Avem.

Dans ce contexte, pas sûr qu’un effort de pédagogie et de sensibilisation de grand public suffisent. A trop habituer les urbains à la location des véhicules électriques, les expériences d’autopartage pourraient même tuer le marché dans l’œuf. «Ce type de système contribue à redéfinir le concept de la mobilité urbaine: plutôt que d’acheter un véhicule, on achète des kilomètres d’usage», observe Stephan Guinchard. En résumé: on profite de tous les avantages du véhicule électrique, sans les problèmes de parking, d’entretien et de recharge de batterie…

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