Le marché de l'oeuf bat provisoirement de l'aile

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Publié le 28 mars 2012.

AGROALIMENTAIRE - On ne fait pas une réforme sans casser des œufs. Les nouvelles normes européennes pénalisent les producteurs qui ne tiennent pas la cadence, entraînant un déficit d'œufs sur le marché. Une situation provisoire...

La réglementation européenne sur le bien-être des poules pondeuses déstabilise le marché de l’œuf. Pour rappel, cette nouvelle norme interdit aux producteurs de mettre plus de 9 poules par cage et de d’augmenter de moitié la taille de ces dernières. Le déficit européen en œufs va atteindre 20% en juin prochain.

Le plus gros investissement de tous les temps pour le secteur, prévenait déjà le comité national  de la promotion de l’œuf en juillet 2011. En France, les investissements pour faire face à la réforme européenne s’élèvent à un milliard d’euros, soit l’équivalent des revenus annuels du secteur et soit 25 euros par poule.

Un tiers des éleveurs a dû arrêter

Les éleveurs français ont d’ores et déjà augmenté de 25% leur nombre de poussins-futures mères porteuses pour faire face à ces nouvelles normes et combler le déficit. «Les poussins nés en décembre ont besoin de 18 semaines avant de pondre», détaille Gilles Guillaume, responsable section œufs de l’Union des Groupements de Producteurs de Viande de Bretagne (UGPVB).

La reprise devrait avoir lieu à l’automne, quand  les nouvelles poules se seront mises à pondre et que l’activité aura atteint à nouveau ses chiffres d’origine. «Dès la fin du premier semestre, le déficit en œuf aura été comblé», affirme Gilles Guillaume.

Il manque toutefois actuellement 21 millions d’œufs par semaine en France sur un marché en produisant 14 milliards hebdomadairement. En effet, 5% des éleveurs n’ont pas pu moderniser les installations et sont depuis le 1er janvier dernier interdits de produire. Par ailleurs, un tiers des éleveurs ont arrêté leur activité, par faute de moyens et parce qu’ils étaient en dernière bande (fin de lot de mères porteuses). «Les deux autres tiers finiront la réalisation de la mise aux normes fin mars», assure Gilles Guillaume.

Les producteurs ayant déjà effectué la mise aux normes et n’ayant pas à investir en 2012 profiteront de cette situation pour tirer partie de la disparition ou de la situation de leurs concurrents. Pour l’heure, en conséquence de cette rareté sur le marché, les prix imposés par les producteurs pourraient s’envoler pour leurs clients. Mais par pour tous.

Pas la même conséquence pour «l’œuf cassé» et «l’œuf coquille»

Il existe deux marchés: celui dit de l’œuf cassé, utilisé dans l’industrie, vendu aux entreprises qui transforment les œufs avant de les revendre (biscuitiers, pâtissiers, fabricants de pâtes alimentaires) et celui dit de l’œuf coquille vendu à la distribution (grandes et moyennes surfaces, hard discount) qui les vend aux consommateurs.

Les premiers paient actuellement les œufs de 75 à 120% plus chers que l’an passé alors que cette matière première est essentielle pour la grande majorité. «Ils se servent sur le marché libre où ils réalisent des achats de spot. Il n’y a pas de relation contractualisée», explique Gilles Guillaume. Certains sont proches du dépôt de bilan. Dangereux pour ce secteur employant plus de 100.000 salariés pour 17,3 milliards d’euros.

A la consommation, le surcoût ne devrait pas être ressenti. Les grandes et moyennes surfaces sont dans des relations très contractualisées. «La partie qui va bouger est celle qui subit le cours du jour, et elle est minime», conclut Gilles Guillaume. Le prix n’a d’ailleurs grimpé que de 1% et pour le bio et label rouge de 2% entre le 1er novembre et le 29 février. «Ce n'est pas le consammateur qui va payer», rassure-t-on du côté du comité national pour la promotion de l’œuf. Seul le hard-discount, qui fait un appel d’offres à la semaine au niveau européen devrait sentir une importante répercussion.

Mais une nouvelle fois cette situation n’est que provisoire. Les consommateurs n’auront pas à casser leur tirelire pour s’offrir une omelette.

Bertrand de Volontat
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