Suicides à La Poste: «Un syndrome France Télécom est très improbable»

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Publié le 13 mars 2012.

INTERVIEW - Jean-Claude Delgenes, directeur général du cabinet Technologia, spécialisé en évaluation et en prévention des risques professionnels, analyse la crise que traverse l’entreprise...

La série noire se poursuit à La Poste: dimanche, un cadre a été retrouvé pendu dans un centre de courrier du Finistère. Dix jours plus tôt, un autre cadre de 28 ans avait sauté du dernier étage de la poste où il travaillait, en plein centre-ville de Rennes, après avoir évoqué dans une lettre son «anxiété professionnelle». Six mois auparavant, une employée s'était défenestrée à Paris.

Après ce nouveau drame, les syndicats tirent la sonnette d'alarme sur la dégradation des conditions de travail dans l'entreprise. La direction fera une première série de propositions après des discussions cette semaine.

20 Minutes décrypte la situation avec Jean-Claude Delgenes, directeur général du cabinet Technologia, qui a conduit les missions de conseil à la suite des suicides chez Renault et France Télécom.

La situation de La Poste est-elle comparable à celle de France Télécom?

Avant toute chose, il faut savoir que le travail protège du suicide: un chômeur a deux fois plus de chances de se suicider. La question est donc de savoir pourquoi, à un moment donné, le travail qui donne une identité et permet de se créer au quotidien ne protège plus. Chez France Télécom, les salariés ont été exposés de façon très forte à des mutations technologiques très importantes avec l’arrivée d’Internet, de la fibre, du triple play dans un contexte d’endettement record où le groupe était balloté par un risque de faillite potentielle. La mobilité fonctionnelle a donc été très coûteuse pour les salariés. Il est vrai que La Poste connaît la même évolution concurrentielle du public vers le privé mais les mutations sont d’une moins grande ampleur et moins douloureuse

L’ouverture à la concurrence soumet tout de même les salariés de La Poste à une pression importante?

Oui bien sûr, l’ouverture à la concurrence les amène à recevoir des clients, les astreint à faire du chiffre et de la rentabilité: les agences changent de culture, les centre de tri s’automatisent avec un sureffectif pesant pour les salariés. Avoir des objectifs chiffrés est une mutation importante. Mais un suicide est toujours plurifactoriel et pour avoir une situation aussi extrême qu’à France Télécom, il fallait que l’ancienne direction aient des méthodes de management contestables. Il y a donc la même tendance à La Poste,mais le problème n’est pas le même. J’espère donc qu’il n’y aura pas le même syndrome. C’est à mon avis très improbable.

Comment la direction de La Poste doit-elle réagir?

La Poste est une immense mosaïque de petits sites qu’il est très complexe de faire évoluer ensemble. La première chose à faire est de renforcer le dialogue social pour éviter l’isolement, car le suicide est une pathologie de l’isolement. Il faut donc insuffler de la convivialité, faire confiance, écouter les salariés et les délégués du personnel et faire remonter les informations et ne surtout pas nier le malaise. En effet, quand quelqu’un en situation de fragilité psychologique est confronté à un acte aussi grave qu’un suicide , il peut y avoir un effet d’incitation passagère.

Propos recueillis par Claire Planchard
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