Aux Etats-Unis, le taux d'imposition maximal sur les revenus d'activité était de 70% en 1979.
Aux Etats-Unis, le taux d'imposition maximal sur les revenus d'activité était de 70% en 1979. - MAISONNEUVE/SIPA

Claire Planchard

Le candidat socialiste à la présidentielle durcit le ton à l’égard des plus riches: après avoir annoncé la création d’une tranche de l’impôt sur le revenu à 45% pour les revenus de 150.000 euros par part, le candidat du PS veut aujourd’hui aller encore plus loin et taxer à 75% pour les revenus «au-dessus d'un million d'euros par an, donc à peu près 100.000 euros par mois».

Cause de cet ajout tardif à ses «60 propositions pour la France»: «J'ai appris les progressions considérables des rémunérations des patrons du CAC 40, deux millions d'euros par (an) en moyenne. Comment l'accepter?», a-t-il expliqué  lundi soir sur le plateau de sur TF1.

Un niveau de taux déjà pratiqué aux Etats-Unis

Si cette mesure était adoptée, ce serait un cas unique au monde: «La France serait la seule avec un taux marginal de 75%, car en général les taux marginaux actuels sont aux alentours de 50% maximum, avec les Pays-Bas, la Belgique et la Suède à 52%», explique Henri Sterdyniak, le irecteur du Département économie de la mondialisation de l’OFCE.

Toutefois ce ne serait pas une première: «Ce type de taux n’est pas totalement aberrant: ils ont existé après la Seconde Guerre mondiale dans des pays comme la Grande-Bretagne et les Etats-Unis», explique-t-il.  Aux Etats-Unis, le taux d'imposition maximal sur les revenus d'activité est ainsi passé de 70% en 1979 à 35% en 2006, note l’économiste américain Paul Krugman 

«Des 1945 à 1980, les pays ont traversé une phase de keynésianisme et de socialisme où ils faisaient le choix de dépenses publiques importantes et d’une fiscalité très redistributive»,  explique-t-il.  Pour le candidat du PS cette proposition est donc un positionnement idéologique claire dans cette tradition.

Dissuader les entreprises à verser des rémunérations extravagantes

Concrètement, ce taux d’imposition pourrait rapporter à l’Etat «400 millions d’euros par an sur la base des déclarations actuelles », estime Henri Sterdyniak , à une réserve près : «…si les gens la payent!» La mesure a en effet toutes les chances de favoriser l’évasion fiscale si elle n’est pas assortie de mesures fermes pour la contrer.

Toutefois l’enjeu est ailleurs: «Le but de cette mesure n’est pas de rapporter de l’argent mais de dissuader les entreprises de verser ces rémunérations très élevées pour que l’argent reste dans les entreprises, pour investir ou embaucher par exemple.»