Le vin rosé de Provence est le numéro un français et mondial
Le vin rosé de Provence est le numéro un français et mondial - NIKO/SIPA

Bertrand de Volontat

En 2012, il reste donc des domaines où la France est reine. Le tourisme, l’énergie nucléaire… mais aussi le rosé. Selon des chiffres révélés il y a quelques jours par l’Observatoire statistique mondial des vins rosés, l’Hexagone a en effet produit, sur l’ensemble de l’année 2010, 6,5 millions d’hectolitres de rosé, ce qui en fait le premier producteur mondial, devant l’Italie, les Etats-Unis et l’Espagne. Au total, ces quatre pays contribuent aux trois-quarts de la production mondiale dans le domaine (25,3 millions d’hectolitres annuels, contre 22,4 millions il y a dix ans).

La production de rosé progresse, la Provence en tête

Sans surprise, les plus gros producteurs sont aussi les premiers consommateurs. «Le producteur évite de faire voyager son rosé, qui est un vin déjà facile à rater et encore plus difficile à conserver», explique François Millo, directeur général du conseil interprofessionnel des vins de Provence.

Pour preuve, la France n’est que le troisième pays exportateur (14% du marché) derrière l’Italie (36%) et l’Espagne (26%). Conséquence quasi-directe, la France (33%) et les Etats-Unis (14%) sont en tête du classement des consommateurs, tandis que l’Europe regroupe 65% de la consommation mondiale de vins rosés. En 2010, un Français consommait ainsi en moyenne 11,8 litres de rosé dans l’année.

En 15 ans, le vin rosé est passé de 10 à 26% de la production française de vin AOC, devant le blanc (17%) et aux dépens du rouge, qui conserve néanmoins la tête avec 57%. Et parmi ces rosés, le rosé de Provence –produit dans les Bouches-du-Rhône, le Var, et une partie des Alpes de Haute-Provence et des Alpes-Maritimes– est un numéro un incontesté: très largement en tête avec 40% de la production AOC française, devant la Loire (18%), le Rhône (14%), le Bordeaux (12%), il est, au niveau mondial, leader des producteurs de des rosés avec 5,6% des parts de marché. «Il y a peu de concurrence sur le marché mondial», même si paradoxalement la France est aussi le premier pays importateur de vin rosé (28% de l’import mondial).

Le rosé se garde peu mais évolue bien avec son temps

L’importance prise par le vin rosé français s’explique par trois tendances. Tout d’abord, la technique a connu, dans la dernière décennie, une véritable révolution en termes d’arômes, de goûts et a su diminuer son taux de sulfite. Dans ce domaine, la Provence a une véritable avance, avec un rosé clair et aromatique à la fois.

La Provence a progressé plus rapidement dans la gestion du froid, l’utilisation du pressoir automatique et de la vendange de nuit. Toute une série de facteurs contribuant à la qualité de ce vin - le rosé représente 88% de la production de vin en Provence.

Deuxième raison, la modification du style de vie: les repas s’axent dorénavant essentiellement autour d’un plat froid, plus rapide ou plus exotique, et s’accompagnent dès lors d’un vin rosé qui s’intercale mieux qu’un rouge ou un blanc. L’apéritif s’est également adouci et le rosé s’apparente à un vin festif, selon François Millo, qui note ainsi le développement des magnums de rosé.

Enfin, le troisième facteur est d’ordre anthropologique. «Il y a eu un mouvement de sacralisation du vin, tout particulièrement rouge et blanc. On demande aux consommateurs de s’y connaître et d’en parler», conclut François Millo. Le rosé offre ainsi, en marge d’une certaine élite autoproclamée de la connaissance viticole, une certaine liberté.

En France, la distinction est faite entre Vin de Pays et vin d'appelation contrôlée (AOC). Au niveau mondial, la différence n'est pas marquée. A noter que la Commission de l'UE a souhaité harmoniser la séparation au niveau de l'UE en renommant Vin de Pays en IGP (indications géographiques protégées) et AOC en AOP (appelation d'origine protégée).