Sur le stand du lycée polyvalent Saint Nicolas d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), le robot «Charly 2 » fabrique des porte-clés devant un groupe de collégiens. Objectif: leur faire découvrir les métiers de la «productique et maintenance industrielle». Un nom un peu barbare pour «un secteur porteur», explique le formateur.
Dans les allées, les jeunes rient fort, pas toujours très concentrés. Pour certaines filières en manque de main d’œuvre qualifiée, attirer ses potentielles recrues constitue pourtant un enjeu de taille. Vidéos, sites interactifs, témoignages d’étudiants et de professionnels: tout est bon pour les séduire.
Cure de jouvence chez les artisans
Sur le stand des métiers de l’artisanat, un menuiser fait ainsi une démonstration. «On souffre d’une vieille image qui est restée bloquée au siècle dernier», explique Daniel Goupillat, président de la Chambre des métiers et de l’artisanat d’Ile-de-France. «Pourtant, nos métiers sont à la pointe de la technologie et on ne connaît pas la crise ou les délocalisations: il y aura toujours un toit qui fuit, un bâtiment à entretenir», explique-t-il.
Sur les quelque 250 métiers de l’artisanat, certains sont plus à la peine que d’autres: dans les services, les pressings sont désertés. Dans le bâtiment, les métiers «nobles» comme la plomberie et l’électricité attirent toujours à l’inverse du gros œuvre, comme la maçonnerie. Dans l’alimentaire, la «boulangerie- pâtisserie» s’en sort tandis que la boucherie-charcuterie est au plus bas.
Pourtant, assure Daniel Goupillat, «les jeunes biens qualifiés trouvent du travail sans difficulté. Et si on fait un job de qualité, on peut gagner sa vie très correctement au moins comme un cadre moyen avec de vraies perspectives d’évolution, comme créer ou reprendre une entreprise.»
L’hôtellerie-restauration en mal de motivation
Dans le secteur de l’hôtellerie-restauration, la situation est un peu différente: «Avec les nombreuses émissions comme Top chef , de plus en plus de jeunes veulent suivre une formation en cuisine mais ils n’ont pas conscience de la difficulté du métier», note Jean-Yves Corvez, chef de travaux hôtellerie au lycée Théodore Monod à Antony.
Dans ces métiers aux cadences soutenues et aux horaires difficiles, c’est la motivation des apprentis qui est mise à rude épreuve: «Souvent, au bout d’un an de formation, les jeunes décrochent parce que c’est trop dur de travailler le soir, le week-end, les jours fériés… » détaille Danielle Berda responsable du «Salon du chocolatier», qui propose des stages de découverte de ces métiers.
Des nouveaux métiers soucieux de se faire connaître
Autre secteur, autre problème. Un peu plus loin, sur le stand de la Fédération des services informatiques Syntec, l’heure est à la pédagogie de base. «On essaie de leur faire comprendre que l’informatique, ce n’est pas Facebook et les jeux vidéos, mais que derrière, il y a des ingénieurs, des développeurs qui font du code», confie Anne Billé, déléguée à l’apprentissage. Malgré la crise, la filière est l’une des rares à continuer à recruter, mais les entreprises ont du mal à trouver les profils adaptés.
Même travail de fond sur le stand «Environnement et développement durable» représenté pour la première fois sur le salon. Chez Areva, qui prévoit d’embaucher 1.000 personnes pour développer l’éolien off-shore, on a bien conscience du travail à fournir: «Le développement durable est très à la mode, mais les jeunes ne connaissent pas les nombreux métiers que cela recouvre. Ils ont tendance à penser que ce sont surtout des ingénieurs, alors que ce sont surtout des profils Bac pro et Bac +2», note Jeanique Gomes, responsable des relations écoles au sein du groupe.
Pendant ce temps, à quelques mètres de là, des adolescentes affluent dans les stands «mode et beauté». Toutes rêvent de devenir stylistes ou «maquilleuses sur des plateaux de cinéma» : «Notre problème, c’est plutôt de leur expliquer la vie: il y a très peu d’élues et les conditions de travail sont très difficiles», explique Morgan Lemeur, professeur d’esthétique au lycée Kandinsky de Neuilly-sur-Seine. Sur 400 dossiers, seuls 24 sont acceptés chaque année dans cet établissement public. Un chiffre à faire pâlir de jalousie les formateurs des CAP charcutier-traiteur…