Comment le froid transforme l'économie française

ECONOMIE Un quart du PIB peut être potentiellement détruit en cas d'anomalie climatique...

Mathieu Bruckmüller

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Le froid qui touche la France (ici à Bordeaux) devrait persister cette semaine.

Le froid qui touche la France (ici à Bordeaux) devrait persister cette semaine. — J.-P. VINCENT / 20 MINUTES

L’impact de la vague de froid sur l’économie française commence à se faire sentir. Chez Peugeot, à Sochaux,  mardi, une trentaine de salariés ont arrêté le travail alors que le thermomètre ne dépassait pas les 15°C dans les bureaux.

Le BTP en première ligne

Les températures sibériennes mènent aussi la vie dure aux salariés obligés de travailler dehors comme dans le BTP. De nombreux chantiers sont à l’arrêt confirme la Fédération française du bâtiment.

Le secteur a donc mis en place un système de chômage-intempéries qui rémunère les employés en arrêt de travail à hauteur de 75%. Un dispositif qui avait coûté 109 millions d’euros en 2011 à la profession auquel, il faudra rajouter cette année les éventuelles pénalités de retard dans le cas où certains ouvrages ne seraient pas livrés en temps et en heure.

Des coûts insidieux

Cette vague de froid «a un tas de coûts insidieux, observe Jean-Louis Bertrand, professeur de finance à l'Essca d’Angers et co-fondateur de METEOPROTECT, société spécialisée dans la couverture du risque météo. Les gens sortent moins le soir. Les cafés et les restaurants en pâtissent ». Idem pour les supermarchés situés en périphérie des agglomérations dont l’accès devient plus difficile.

Selon les calculs de Jean-Louis Bertrand, 70% des secteurs sont météo-sensibles. Un quart du PIB peut être potentiellement détruit en cas d’anomalie climatique soit 400 milliards d’euros.

Les frimas de l’hiver n’épargnent pas les prix des légumes, particulièrement. «L’équilibre offre-demande a changé», souligne Mathieu Pecqueur, chef de service Agriculture et Qualité à la fédération des entreprises du commerce et de la distribution.

Les consommateurs modifient leurs habitudes

Les produits de plein champ sont moins nombreux et dans le même temps, les clients se ruent comme un seul homme sur les pommes de terre, les carottes et les poireaux, des produits de saison jusqu’ici passés à la trappe en raison de la douceur des semaines précédentes. Mais les hausses restent cependant très modérées (trois centimes pour une Batavia par exemple) et sont encore en-deçà des prix de l’an dernier.

«Avant la vague de froid, les prix étaient anormalement bas», recadre Angélique Delahaye, présidente de la Fédération nationale des producteurs de légumes. Désormais, ils permettent de couvrir les charges d’exploitation. Elle n’exclut pas cependant une valse des étiquettes si le froid persiste.

Plus globalement, les consommateurs ont profondément modifié leurs habitudes. Selon Metnext, la filiale de Météo France qui analyse l'impact de la météo sur la consommation, les ventes de potages ont bondi de 26% la semaine dernière et de 27% depuis lundi. Les boissons chaudes ne sont pas en reste avec une hausse de 15% pour les poudres chocolatées et de 12% pour le café.

Hausse de la facture énergétique

Les produits allume-feu sont également à la fête ( 13%). D’ailleurs, les particuliers doivent s’attendre à une envolée de leur facture chauffage alors que la consommation électrique a bondi de 16%.

Pour se réchauffer, les clients se précipitent également sur les vêtements chauds. Doudounes, écharpes, bonnets... Tout est bon pour se protéger du froid. Du baume au cœur pour les professionnels du textile qui avaient connu un hiver et un été 2011 difficiles, soldant à grands frais une part importante de leurs stocks. «Les entreprises qui sont les bénéficiaires aujourd’hui sont celles qui souffrent le plus depuis des mois», relativise Jean-Louis Bertrand.

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