L’art «valeur refuge, en temps de crise»: l’adage est bien connu, mais attention aux déceptions!
«Il faut faire attention aux effets d’annonce: quand on promet des rendements élevés, c’est en général qu’il y a un loup. Il faut investir avant tout pout le plaisir d’avoir une œuvre d’art», prévient d’emblée Fabien Bouglé, consultant en gestion de patrimoine artistique et auteur de Investir dans l'art (aux éditions Gualino, 2008).
Effondrement des cotes d’artistes contemporains montées en flèches après la crise financière de 2008, mise en garde de l’Autorité des marchés financiers en février 2011 sur les rendements «garantis» par le fonds d’investissements artistiques Marble Art Invest: voilà quelques mésaventures à garder en tête avant de se lancer.
De la difficulté de revendre une œuvre
«Quand on achète une œuvre d’un artiste contemporain peu connu à 1.000 ou 2.000 euros, il y a une chance sur 10.000 que sa cote explose: il n’y a que quelques élus parmi la quantité industrielle d’œuvres produites!» met en garde Fabien Bouglé. «Pour faire une opération financière dans l’art, il faut malgré tout dépenser un peu d’agent, au moins 20.000 ou 30.000 euros. C’est à partir de cette somme que l’on a accès au marché international de l’art dans lequel évoluent de grandes maisons de vente comme Christie’s, Sotheby’s ou Artcurial», explique–t-il.
Si acheter une œuvre dans une galerie peut en effet paraître facile, la revendre ensuite pour dégager une plus-value est une véritable gageure quand on ne bénéficie pas de l’accompagnement de spécialistes qui ouvrent les portes des réseaux de ventes, dans les galeries ou maisons d’enchères.
Pour un amateur d’art au budget limité, acquérir une œuvre parce qu’elle lui plaît doit donc être la règle d’or. Au même titre que s’assurer de son authenticité, de la qualité de son état ou de la justesse de son prix par rapport au marché.
Parier sur des artistes «en voie de légitimation»
Rien n’interdit toutefois de faire des paris sur l’avenir. Certains artistes «en voie de légitimation» peuvent en effet réserver de bonnes surprises. «Je conseille d’acheter les meilleures œuvres de ces artistes encore peu connus mais qui ont déjà une œuvre solide derrière eux, car si ils sont bien pris en main par un agent et un galeriste qui organisent des expositions et les font connaître dans les foires internationales, leur cote peut se développer fortement à condition de conserver les œuvres au moins cinq ans», explique Yannick Le Guern, président de Golden Brain, société d’investissement dans l’art et promotion d’artistes. Dans ce cas, petit bonus supplémentaire: au-delà de douze ans de détention de l’œuvre, la plus-value sera totalement exonérée d’impôts!
Pour débusquer ces artistes prometteurs, l’idéal est bien sûr de se faire conseiller par des experts, mais tout le monde n’en a pas les moyens. Reste alors une règle de bonne conduite: se forger un œil en arpentant les foires internationales, les galeries et les expositions. «C’est la meilleure façon de commencer à investir, insiste Fabien Bouglé, mais il ne faut pas être intimidé par ce milieu de l’art un peu austère aux codes bien particuliers.»
Enfin, pour ceux qui souhaitent investir dans l’art sans en avoir les inconvénients, il reste une autre solution: placer ses économies dans un fonds commun de placement spécialisé qui propose d’acquérir «un bout» de sa collection d’œuvres d’art. Une stratégie de diversification de portefeuille qui peut être intéressante dans une conjoncture financière peu favorable… mais à l’intérêt artistique somme toute limité!