Après l'Europe de l'Est, le Maroc. Renault inaugure aujourd'hui à Tanger un site de production géant d'où sortiront des monospaces de sa marque low-cost Dacia destinés au marché européen. A partir de 2013, les salariés marocains payés 250 euros par mois assembleront chaque année 400 000 véhicules, un chiffre supérieur à l'ensemble des voitures actuellement fabriquées en France par Renault sur ses trois sites de production à Douai, Flins et Sandouville.
Un avenir incertain
Alors que le « made in France» est devenu un credo politique, la délocalisation se poursuit pour les voitures de marques nationales. Attirés par une production moins chère, Renault (détenu à 15 % par l'Etat) et PSA ouvrent ou agrandissent depuis douze ans des sites en Roumanie, en Slovaquie, en République tchèque ou en Turquie. Ces six dernières années, le nombre de voitures assemblées chaque année y a doublé, de 600 000 à 1,2 million d'unités. En face, la production française a fondu : elle tourne maintenant à 1,6 million de véhicules par an, un million de moins qu'en 2005.
Ce déclin menace de se poursuivre dans les années futures. PSA supprime 5 000 postes en France cette année, et l'avenir de ses usines d'Aulnay, Rennes et Sochaux n'est pas assuré après 2014. « Les Européens peuvent de moins en moins investir dans les voitures neuves, constate Gaëtan Toulemonde, analyste auto chez Deutsche Bank. Contrairement à l'essence ou aux loyers, leurs salaires n'augmentent pas. »
Pour vendre moins cher, les constructeurs veulent donc produire moins cher. D'où leurs départs dans les pays où la main-d'œuvre est bon marché. « Cela fait dix ans que ça dure, on voit mal ce qui pourrait changer la donne », poursuit le spécialiste, qui ne croit pas à des dégâts sur l'image de PSA ou de Renault. « On voit de plus en plus de Dacia ou de Logan en France ou en Allemagne », note-t-il.