Crise de la dette: Le Portugal peut-il encore s'en sortir?

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Publié le 2 février 2012.

ANALYSE - Un lourd programme de rigueur est en marche mais le risque d'asphyxie est de plus en plus grand. Un scénario qui n'est pas sans rappeler celui de la Grèce...

En échange d'un prêt de 78 milliards d'euros de l'Union européenne et du Fonds monétaire international, le Portugal doit désormais entreprendre un vaste programme de rigueur et de réformes. Ce programme de réformes est «en marche», se sont félicités samedi dernier les représentants de la troïka UE-BCE-FMI, se disant «rassurés» par l'accord conclu cette semaine entre le gouvernement portugais et les partenaires sociaux pour «la croissance, la compétitivité et l'emploi». L'accord contribue directement à améliorer la compétitivité extérieure.

Une récession de 3% en 2012

Les représentants des créanciers du Portugal étaient depuis jeudi à Lisbonne pour participer à des discussions informelles avec les autorités portugaises sur les réformes à réaliser dans plusieurs secteurs. «Nous sommes en très bonne voie pour faire de ce programme un succès», a affirmé le représentant de la Banque centrale européenne, Rasmus Rüffer, jugeant que «les réformes structurelles doivent jouer un rôle important pour augmenter le potentiel de croissance» de l'économie portugaise.

Selon les prévisions du gouvernement et de ces instances internationales, le Portugal sera frappé cette année par une récession de 3% du PIB, en raison surtout de l'impact des mesures de rigueur adoptées. Au nom du FMI, Hossein Samiei a également tenu à «féliciter les autorités pour le bon départ donné au programme de réformes».

«En ce qui concerne l'élimination des blocages de notre économie, nous voulons aller plus loin que le Programme d'assistance économique et financière», a affirmé le Premier ministre portugais Pedro Passos Coelho, évoquant notamment les réformes du marché du travail, de la concurrence ou de la justice.

En dépit d'un contexte extérieur «adverse» pour le Portugal, menacé par l'instabilité financière et un ralentissement de la croissance au sein de la zone euro, «le pays est remarquablement uni autour de la nécessité de changer profondément certaines de nos institutions économiques», a-t-il assuré.

Le Portugal parti pour suivre la Grèce?

La chute du cours des obligations portugaises et la flambée de leur rendement à un niveau stratosphérique montre qu'il y a des parties de la zone euro que les injections massives de liquidités de la Banque centrale européenne ne peuvent atteindre. Le méga-prêt de 489 milliards d'euros consenti par la BCE aux banques européennes en décembre n’a pas aidé le Portugal, dont le niveau des taux d'intérêt de la dette sur le marché secondaire a fini par atteindre des niveaux susceptibles de l'obliger à rechercher un second plan de sauvetage, voire une restructuration de sa dette. 

Le rendement de l'emprunt portugais à dix ans a dépassé 17% cette semaine, contraignant la BCE à intervenir pour acheter de la dette portugaise sur le marché secondaire pour le faire baisser. 

«Cela ne marche pas pour le Portugal parce que, pour que cela marche, il faut que les gens soient persuadés que la situation économique et de la dette soient tenables, commente Bill Blain, chez Newedge. Les investisseurs recherchent une dette portugaise viable.» Le Portugal doit s'assurer que ses banques augmentent le capital mis de côté pour parer à des crédits défectueux. Donc, les banques portugaises mettent de côté plus de liquidités et réduisent leurs prêts. 

«Les banques portugaises doivent réduire leur ratio prêts sur dépôts et même si le FMI craint que cela n'arrive trop tôt, ce serait une contradiction de demander aux banques portugaises de faire plein usage du LTRO (le prêt de la BCE) pour acheter de la dette souveraine», souligne Gilles Moec, coresponsable de l'analyse économique à la Deutsche Bank. 

Un point de non-retour?

Naturellement, ces banques qui ont emprunté à la BCE plus qu'elles n'avaient besoin auraient pu acheter des obligations portugaises. Mais les investisseurs ne sont pas très pressés d'acheter de la dette émise par un Etat considéré comme manquant de compétitivité et attelé à résoudre de gros problèmes budgétaires. 

Et ces établissements financiers et ces investisseurs qui avaient encore de la dette ont commencé à y réfléchir à deux fois après la décision de Standard & Poor’s de réduire sa note de crédit en catégorie spéculative, le vendredi 13 janvier

«Il y a une perte progressive de confiance dans le Portugal depuis l'été dernier, souligne Simon Derrick chez Bank of New York Mellon. Ce qui est notable c'est que, à la mi-janvier, on a vu un rebond dans ces sorties de capitaux qui coïncide avec la baisse de la note.» L'intervention de la BCE sur le marché est une aide dans l'immédiat, mais les analystes estiment que le marché obligataire portugais pourrait s'être détérioré, au-delà même du point de non retour.

Bertrand de Volontat (avec Reuters)
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