Les salariés veulent être sauvés, mais pas trompés

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Publié le 2 février 2012.

EMPLOI - Le sauvetage des usines en danger est une priorité politique...

Eviter les plans sociaux : c'est le nouvel enjeu électoral. A quatre-vingts jours de la présidentielle, les candidats se pressent au chevet des usines menacées de fermeture, et la majorité s'active pour trouver des projets de reprise. Mercredi, les 93 salariés de l'usine de lingerie Lejaby d'Yssingeaux (Haute-Loire) se sont vu annoncer la relance de l'activité par un maroquinier de luxe (lire ci-dessous).

Un autre site fragilisé s'impose dans l'agenda: celui de la raffinerie Petroplus, de Petit Couronne (Normandie), que les salariés quittent ce jeudi pour rejoindre une manifestation de soutien à la pétrochimie organisée près de Paris. «C'est une période favorable pour être écoutés, mais on n'est pas dupes», observe Charles Foulard, de la CGT-Pétrole. «Pour pouvoir faire de grandes annonces, le gouvernement est prêt à nous trouver n'importe quel repreneur, sans se soucier de sa vision de long terme.»

Même suspicion pour les candidats: «Eva Joly dit nous soutenir, mais elle nous a flingués à Bruxelles avec leurs normes environnementales !» Bernard Deflesselles, député UMP des Bouches-du-Rhône, suit de longue date le combat des employés de l'usine de thé Fralib, à Aubagne. Pour lui, «la campagne peut aider à accélérer les choses. Mais les projets de reprise sont longs à mettre en place.» Les exemples ci-dessous le montrent : Lejaby reste une exception.

-Lejaby (lingerie), 93 salariés:
Les dentelles cèdent la place au cuir. Filiale de LVMH, le maroquinier de luxe Sofama a proposé hier de reprendre la totalité des employés de l'usine de lingerie Lejaby d'Yssingeaux (Haute-Loire). Après une formation, les 93 salariés changeront donc de métier. Mais ils en garderont un. «Louis Vuitton s'est engagé à un carnet de commandes sur la durée, pour plusieurs années», s'est félicité le ministre de l'Apprentissage Laurent Wauquiez. Bernard Arnault, PDG de LVMH, s'est déclaré « fier de contribuer à la bataille pour l'emploi en France ».

-Fralib (usine de thé),182 salariés:
Leur maison mère Unilever a beau les juger peu rentables, les salariés de Fralib, à Aubagne (Bouches-du-Rhône), ne sont pas prêts à lâcher. En quinze mois, ils ont déjà réussi à faire casser en justice deux plans de suppressions d'emplois. Au troisième, qui se prépare, ils opposent un plan de reprise par les salariés. Mais ils auront besoin du même grand groupe international qu'ils combattent actuellement. «Unilever doit accepter de vendre le matériel à 1 euro symbolique et de s'engager à des commandes», explique le député Bernard Deflesselles.

 -Petroplus, 550 salariés:
Si Petroplus tombe, «la raffinerie française est finie. Ce sera comme un jeu de dominos», s'alarme Laurent Papinier, de la CFDT-Chimie. Le site de Seine-Maritime, en redressement judiciaire, intéresse plusieurs repreneurs, mais seul le groupe suisse Klesch a fait une offre sérieuse. Son manque de projet à long terme inquiète les salariés. «On craint qu'il nous presse comme des citrons et qu'il nous jette très vite», explique le syndicaliste. La raffinerie française poursuit sa lente agonie: en deux ans, trois sites ont déjà fermé. Petroplus refuse d'être le quatrième.

 -Seafrance (ferries), 819 salariés:
Il y a une semaine, la plupart des employés de SeaFrance ont reçu une lettre de licenciement, 90 autres vont être reclassés par la SNCF, dont SeaFrance était une filiale. «Il y a eu 200 demandes de reclassement, mais plusieurs ont répondu à la même offre», a justifié Thierry Mariani, le ministre des Transports. Sur l'ensemble des salariés, la moitié peut espérer retrouver rapidement un emploi. Le groupe Louis Dreyfus Armateurs prévoit d'en embaucher 300 pour relancer une activité sur la ligne Calais-Douvres. Pour les autres, l'avenir reste incertain.

Gilles Wallon
Mots-clés
Emploi

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