Cela fait déjà cinq ans jour pour jour qu’il est interdit de fumer dans les lieux publics et notamment dans les entreprises. Certaines ont pris le problème à bras le corps en encourageant leurs employés accros à la nicotine à décrocher via des réunions de sensibilisation à l’arrêt du tabac, voire même à des protocoles de sevrage. Des opérations qui ont un coût: 1.300 euros en moyenne dans le premier cas et jusqu’à 600 euros par salarié dans le second.
Des dépenses payantes
Mais ces dépenses peuvent s’avérer payantes. «Si 5% des fumeurs dans une entreprise arrivent à s’arrêter, celle-ci rentre dans ses frais», assure Joseph Osman, directeur de l’Office français de prévention du tabagisme (OFT). Et pour cause: les non-fumeurs sont presque deux fois moins absents pour cause de maladie que les fumeurs.
Malgré ces efforts, une part toujours importante des salariés fume encore. 28,7% de la population française n’arrive toujours pas à se passer de la nicotine. Pour ceux-là, quelques entreprises ont investi dans des fumoirs à l’intérieur de leurs locaux, mais elles restent très minoritaires: moins de 10% en raison des normes très sévères liées à leur installation. Reste une alternative: se griller une clope dehors. Nombreux y voient là une formidable perte de productivité. Un salarié qui fume un paquet par jour s’absenterait environ 80 minutes au cours de sa journée de travail.
«Un DRH en poste à la Défense en est arrivé à la conclusion que 7% de sa masse salariale partait ainsi en fumée. Sur 300 salariés, il aurait pu selon lui en licencier une vingtaine. Calculé de manière stricte, cela revient à ça. Mais ce n’est pas si simple. Quand des employés sortent fumer, cela ne les empêche pas de continuer à parler d’un projet. On ne peut apporter de réponse tranchée sur ce point», nuance Joseph Osman.
Bilan nuancé
Nuancé, c’est le bilan que font les professionnels des cafés, restaurants et autres lieux de convivialité. Pour avoir le temps de s’adapter à cette nouvelle loi, un délai supplémentaire leur avait été accordé, allant jusqu'au 31 décembre 2007.
«Le tabagisme est un problème majeur de santé public, il était nécessaire de l’interdire», reconnaît d’emblée Marcel Bénézet, le président de la Fédération des cafés, bars et brasseries de l'organisation patronale Synhorcat. Selon lui, en l’absence de législation, ses membres seraient certainement confrontés aujourd’hui à de nombreuses procédures de la part d’employés, victimes de tabagisme passif.»
Malgré tout, le secteur n’a pas été épargné par une baisse d’activité. Pour le mois d’octobre 2008, l’Insee notait une baisse du chiffre d'affaires de 17% en comparaison avec la même période l’année précédente. Déjà fragile économiquement, l’interdiction de fumer n’a bien sûr pas aidé la santé financière des bistrots en milieu rural. De nombreux habitués ont préféré se réunir chez eux avec de l’alcool et fumer en toute tranquillité. Marcel Bénézet reconnaît que certains établissements n’appliquent plus la législation pour éviter de fermer. «Il y a un relâchement pour survivre», mais qui ne concernerait qu’une poignée d’entre eux. N’empêche, il en appelle au respect de la réglementation en vigueur.
Au début, Jean-Pierre Chedal, président des restaurateurs au Synocrat, ancien propriétaire de l’enseigne Bar à huitres à Paris, a lui aussi clairement noté une baisse de la fréquentation de la clientèle du soir, surtout entre 22h30 et 23h30. Il a fallu également s’adapter en généralisant les terrasses pour permettre aux clients de sortir fumer. Elles sont passées de 30.000 à 45.000 entre 2007 et 2009 dans l’Hexagone. Une évolution qui génère parfois des nuisances sonores en zone urbaine, avec à la clé des amendes, voire même des fermetures administratives.
Tout n’est pas négatif cependant. Au fur et à mesure, les professionnels ont pu compenser en partie le repli de la fréquentation par le gain d’une nouvelle clientèle, plus familiale, qui n’est plus incommodée par la fumée. Et dans les restaurants, «l’arrêt de la cigarette a également permis aux clients de mieux consommer. L’aspect gustatif est davantage privilégié», signale Jean-Pierre Chedal.
«La mesure a valorisé nos établissements», conclut Bernard Quartier, président de la Fédération nationale des cafés, brasseries, discothèques (FNCB).