PARIS - Avec la crise, la ruée sur les terres connaît un nouveau coup d'accélérateur

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Publié le 27 janvier 2012.

PARIS - La crise a renforcé la ruée sur les terres arables dans les pays pauvres et amené de nouveaux acteurs dans cette course tels que les banques et les fonds de pension, qui y voient un investissement sûr et rentable, selon les organisations internationales et les ONG.

A côté des groupes du secteur agroalimentaire, "de plus en plus de fonds de pension, de banques ou de fonds d'investisseurs se lancent dans l'achat de terres parfois de façon indirecte", explique Paul Mathieu, expert des questions foncières pour l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), basée à Rome.

Malgré les mises en garde des Organisations non gouvernementales (ONG) qui déplorent les conséquences pour la sécurité alimentaire et les droits des populations locales, le mouvement, entamé au début des années 2000, a donc connu un nouveau coup d'accélérateur avec le retour de la crise financière.

Pas une semaine ne passe sans que de nouveaux achats de terres soient révélés et pourtant en raison du peu de transparence de ce secteur, de nombreuses transactions restent secrètes. Parmi les dernières en date, mi-janvier, un conglomérat chinois a signé un mémorandum de coopération pour l'exploitation de plus de 30.000 hectares dans le nord de la Sierra Leone.

En Ethiopie, les autorités ont expulsé ces derniers jours des milliers de villageois de leurs terres pour faire place au développement de projets agricoles.

Les terrains de prédilection des investisseurs sont l'Europe de l'Est et l'Amérique du Sud mais l'Afrique reste la cible privilégiée. Cette dernière concentre les deux tiers des investissements, selon un récent rapport de l'International Land Coalition, un réseau d'institutions internationales de centres de recherches et d'ONG.

Au total, en 10 ans, ce sont plus de 200 millions d'hectares qui ont fait l'objet de transactions, soit huit fois la superficie du Royaume-Uni.

Ce rapport conclut à un impact globalement négatif de la course à la terre pour les petits agriculteurs des pays du Sud et les ONG redoutent que la situation ne s'aggrave encore avec l'arrivée en force de nouveaux acteurs, aux visées principalement spéculatives.

Dans l'optique de pouvoir diversifier leurs actifs, les fonds de pension qui ont souffert du recul des Bourses mondiales ont ainsi choisi d'inclure de plus en plus les matières premières dans leur portefeuille.

Ainsi, selon l'ONG espagnole Grain, les Fonds de pension ont investi entre 5 et 15 milliards de dollars pour l'achat de terres et d'ici 2015 ces investissements sont censés doubler.

Aujourd’hui, les matières premières comme les terres agricoles, représentent donc, en moyenne, entre 1 et 3% des portefeuilles des fonds de pension.

"Sur le terrain, nous constatons que plus de 80% des terres sont inexploitées deux à trois ans après la vente, preuve que de plus en plus d'achats sont des investissements uniquement spéculatifs", explique Renée Vellvé, cofondatrice de Grain.

Même sans exploiter la terre, "le retour sur investissement est très intéressant pour les investisseurs car les prix, surtout en Afrique, sont encore très bas et les gouvernements leur octroient souvent des avantages conséquents", rappelle de son côté Clara Jamart, porte-parole d'Oxfam France.

Dans cette optique, les organismes internationaux proposent d'aider les gouvernements des pays du Sud à mieux analyser, choisir et encadrer les investissements. Et ils sont de plus en plus à accepter cette aide.

© 2012 AFP
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