«29 milliards d’euros devront être trouvés par le nouveau président pour redresser nos comptes d’ici cinq ans. Le grand débat de cette élection est de savoir qui va les payer.» Jeudi, lors de la présentation officielle de ses «60 engagements pour la France», François Hollande a fait du redressement des comptes publics l’une de ses priorités économiques.
Des mesures ciblées sur les plus riches
Sur ce sujet, sa réponse est claire: «L’immense majorité des Français sera dispensée d’un effort supplémentaire», a assuré le candidat PS. Il en va, selon lui, des principes de «justice» et d’«égalité» qui sont au cœur de son programme.
L’essentiel de la contribution sera donc apportée par les grandes entreprises et les Français aux revenus et aux patrimoines les plus élevés. C’est un contre-pied affiché par rapport à la philosophie du «paquet fiscal» mis en place en 2007 par Nicolas Sarkozy et les mesures d’austérité annoncées en juillet et novembre par le gouvernement Fillon. Ce «paquet» prévoyait entre autres, une exonération d’impôt sur le revenu pour les heures supplémentaires, un plafond de 50% de ses revenus pour les impôts directs, la suppression des frais de succession pour le conjoint survivant ou le partenaire pacsé.
29 milliards d’euros de niches fiscales supprimés
Concrètement, François Hollande prévoit de supprimer 29 milliards d’euros d’avantages fiscaux: 17,3 milliards seront ainsi levés via la suppression des niches fiscales et sociales bénéficiant aux plus grandes entreprises.
Par ailleurs, 11,8 milliards seront perçus en augmentant les prélèvements sur les plus hautes rémunérations (création d’une tranche supplémentaire de l’impôt sur le revenu de 45% pour les revenus supérieurs à 150.000 euros par part, réduction de 5% le plafond du quotient familial pour les personnes les plus aisées…) et en revenant sur la défiscalisation des heures supplémentaires (sauf sur les toutes petites entreprises).
Objectif de retour à l’équilibre budgétaire en 2017
Ces mesures doivent permettre au candidat socialiste de respecter un calendrier très serré: l’objectif affiché reste de réduire le déficit public à 3% du produit intérieur brut en 2013, pour atteindre l’équilibre en 2017 et faire baisser de près de 10 points (à 80 % en 2017) l'endettement du pays.
Pour définir cet échéancier, François Hollande se fonde sur des hypothèses de croissance moins optimistes que celles du gouvernement: 0,5% en 2012, contre 1,7% en 2013 (contre respectivement 1% et 2% dans le dernier projet de loi de finance rectificative). «Il faut en finir avec les prévisions totalement décalées avec la réalité», a taclé le candidat socialiste, tout en reconnaissant que ses prévisions étaient légèrement supérieures à celles de l’OCDE.
Mais entre une France en probable récession sur l'année 2012, l'impact à long terme de la perte du triple A, la volatilité des marchés et l'instabilité persistante de la zone euro, il sera difficile pour François Hollande d'ignorer les effets de la crise sur son programme, dès le mois de mai prochain.