Changement de tête, mais surtout changement de style et même de politique. Moins de trois mois après son arrivée à la tête de la Banque Centrale Européenne (BCE), le 31 octobre dernier, Mario Draghi se démarque déjà de son prédécesseur, Jean-Claude Trichet, qui a tenu les rênes de l’institution de Francfort pendant huit ans.
Changements positifs
«S’il n’y a pas de rupture radicale avec la politique de son prédécesseur, on peut néanmoins noter plusieurs changements que nous jugeons positifs. La BCE paraît moins focalisée sur l’inflation, davantage sur les risques de baisse d’activité», estime Bruno Cavalier, économiste chez Oddo securities. Jean-Claude Trichet s’est vu reprocher à de nombreuses reprises, au cours de ses deux mandats, de sacrifier la croissance sur l’autel de la lutte contre l’inflation. Comme en juillet 2008 où il a haussé les taux d’intérêt alors que l’activité donnait des premiers signes de tassement.
Baisse des taux d’intérêts
Bien sûr, l’ancien gouverneur de la Banque de France remplissait ainsi la mission première de la BCE qui est de juguler la hausse des prix autour des 2%. Mais cette orthodoxie, dans la droite ligne de la position allemande, a toujours entraîné de vives controverses. Elle avait d’ailleurs le don de susciter l’ire du président de la République, Nicolas Sarkozy, et de Jacques Chirac en son temps.
Mario Draghi n’a pas tardé pour rompre avec l’ère de son prédécesseur en orchestrant coup sur coup deux baisses des taux d’intérêt qui sont venues annuler celles d’avril et de juillet. De quoi donner un peu d’air à une économie européenne chancellante.
Autre point bon point accordé à Mario Draghi par les observateurs: sa franchise. Il n’hésite pas à appeler un chat un chat. A peine installé, il a employé le mot tabou de «récession» au sujet de l’activité dans la zone euro. Et pour cause. Plusieurs instituts estiment qu’elle a déjà pris ses quartiers et devrait se poursuivre au mieux jusqu’à la fin du premier trimestre 2012.
Communication plus directe
«La communication de M. Draghi est plus directe que celle de son prédécesseur… Les choses sont dites sans détour, qu’il s’agisse de reconnaître que la zone euro est menacée d’une récession ou pour caractériser les problèmes des banques», juge Bruno Cavalier.
A ce sujet, le nouvel homme fort de la BCE n’a pas lésiné sur les moyens. Début décembre, celle-ci a alloué 489,191 milliards d’euros aux taux de 1% à 523 banques de la zone euro lors d'une opération inédite de prêt à trois ans soit davantage que les 442,24 milliards d'euros accordés lors de sa première opération à un an en juin 2009. En ouvrant son guichet de manière illimitée, la BCE voulait ainsi prévenir une restriction du crédit aux ménages et aux entreprises qui pénaliserait encore plus une croissance déjà atone.
Nicolas Sarkozy aurait rêvé qu’avec cette opération, les banques en profitent également pour racheter de la dette de pays européens en difficulté dont les taux d’intérêt à verser aux investisseurs s’envolent. En vain.
Ouverture d’esprit
Mario Draghi n’est pas le seul dans le navire. Chacune des décisions sont prises de manière collégiale. N’empêche un vent nouveau souffle sur la BCE. Outre le changement de président, les tâches ont aussi été redistribuées. Le poste d’économiste en chef n’est plus tenu par le représentant allemand. «Aussi anecdotique soit-elle, cette décision marque une volonté de renouvellement et d’ouverture d’esprit», conclut Bruno Cavalier.