40 à 50 milliards d’euros de prélèvements, des dizaines de milliers d’emplois directement ou indirectement supprimés, des déplacements massifs de transactions au profit d’autres places financières: quelques heures après les déclarations du chef de l’Etat vendredi à Berlin, l’Association des marchés financiers (Amafi) prédit un avenir très sombre pour les établissements réalisant des activités de marché en France.
«Ce qui est sûr, c’est que le rendement de ces opérations va devenir nul ou négatif et je ne vois pas quels établissements vont continuer à les effectuer. Soit ils seront en situation de délocaliser vers Londres, soit ils ne le seront pas et d’autres établissements étrangers le feront à leur place», estime Bertrand de Saint Mars, délégué général adjoint de l’Amafi.
Des craintes qui rejoignent celles exprimées dès vendredi par l’association Paris Europlace, qui représente l’ensemble des acteurs de la place financière (banques, sociétés d’assurance et sociétés de gestion).
L’expérience menée en Suède dans les années 1980 semble leur donner raison: la mise en place d’une taxe sur les opérations sur actions (1% pour les acheteurs comme pour les vendeurs) et sur les instruments monétaires et obligataires (0,15%) s’était soldée par la délocalisation de la moitié du volume de transactions sur les actions suédoises au profit de Londres et par une chute de 80% de la négociation d'instruments monétaires et obligataires en Suède.
Un isolement de courte durée ?
Le scénario dessiné lundi par Nicolas Sarkozy est toutefois différent: le chef de l’Etat a confirmé vendredi vouloir «appliquer le projet de directive sur la création d'une taxe sur les transactions financières, tel qu'il est prévu par la Commission européenne», soit une taxe de 0,1% les obligations et les actions et de 0,01% les produits dérivés. Un projet nettement moins ambitieux que la taxe Tobin suédoise.
L’objectif immédiat du président de la République est certes d’accélérer seul le calendrier en visant une entrée en vigueur dès 2012 et non en 2014 comme proposé par la Commission. Mais l’ambition affichée reste bien d'engager «un mouvement dans la zone euro» et d’entrainer dans son sillage le maximum de partenaires européens.
En tout état de cause, l’isolement de la France ne serait donc que temporaire. Et dans la configuration d’une taxation européenne des transactions financières, les effets seraient nettement moins dramatiques. Selon une étude d’impact réalisée en 2008 par l’Institut autrichien pour la recherche en économie (WIFO)*, l’introduction d’une taxe de 0,01% n’aurait aucun impact sur le volume des transactions au comptant sur obligations et actions, tandis qu’un taux de taxation de 0,01% ne réduirait que de 20% et 30% en moyenne le volume d’échange pour les produits dérivés.
*étude citée par Pierre-Alain Muet dans «Taxer les transactions financières» (Editions Fondation Jean-Jaurès)