A l'issue d'un déjeuner de travail avec la chancelière, à Berlin, le président français a réaffirmé sa volonté d'accélérer la mise en œuvre de cette taxe, même si la France doit faire cavalier seul dans un premier temps.
Le projet de la Commission européenne appliqué à la lettre
Passant outre les critiques que lui vaut cette initiative et les réticences des autres Européens, il a même précisé qu'il était prêt à appliquer à la lettre un projet de la Commission européenne, dont il s'est attribué au passage la paternité.
«Madame Merkel et moi avons toujours dit que nous croyons au principe de cette taxe», a-t-il dit. « La Commission a repris notre idée et a mis sur la table une proposition de directive portant définition d'une taxe sur les transactions financières.»
«Ma conviction est que si nous ne montrons pas l'exemple ça ne se fera pas», a-t-il ajouté. «Et donc, l'idée de la France, c'est tout simplement d'appliquer le projet de directive sur la création d'une taxe sur les transactions financières, tel qu'il est prévu par la commission.»
«Une bonne initiative pour Berlin»
Dans un geste de bonne volonté remarqué, Angela Merkel a salué la détermination affichée par Nicolas Sarkozy.
«Je pense que c'est une bonne initiative que la France dise maintenant ‘il faut mettre les points sur les i, il faut passer aux actes’", a-t-elle dit. «Nicolas Sarkozy et moi-même sommes d'avis que cette taxe est la bonne réponse à la situation.»
Le ton change
Vendredi, son porte-parole, Steffen Seibert, assurait encore que l'objectif restait, pour Berlin, l'introduction d'une taxe sur les transactions financières au niveau de l'Union européenne, bien que la Grande-Bretagne et la Suède n'en veulent pas.
Lundi, le ton d'Angela Merkel était nettement moins catégorique. Tout en réitérant sa préférence pour une taxe au niveau des 27, elle est convenue que si cette solution s'avérait impossible, il faudrait réfléchir «à d'autres possibilités».
«A titre personnel, je dois vous dire que je peux imaginer une telle taxe dans la zone euro», a-t-elle déclaré.
«Il n'y a pas encore d'accord au sein de mon gouvernement, c'est vrai», a-t-elle cependant ajouté - allusion à l'opposition du Parti libéral d'Allemagne (FDP), son partenaire de coalition.
Engager «un mouvement dans la zone euro»
Face au blocage annoncé d'une taxe à 27, Nicolas Sarkozy plaide pour une accélération de sa mise en place - si possible en 2012 et non 2014 comme proposé par la Commission - dans la zone euro ou, à défaut, dans un groupe de pays "pionniers" dans lequel il aimerait au moins enrôler l'Allemagne et l'Italie.
Il a dit ne pas douter que l'exemple de la France permettra d'engager «un mouvement dans la zone euro», puis, une fois que celle-ci se sera dotée dans son ensemble d'une taxe sur les transactions financières, un mouvement d'opinion dans le monde entier en faveur de cette taxe.
Concernant l'assiette et les modalités de la taxe qu'il entend mettre en œuvre en France, il a renvoyé à celles qui sont prévues par la Commission européenne.
Celle-ci travaille sur l'hypothèse d'une taxe de 0,1% sur les échanges d'actions et d'obligations et de 0,01% sur les échanges de produits dérivés. Or des économistes estiment qu'appliquer de tels taux, sur ces mêmes produits, dans la seule France ferait courir de graves risques à l'économie française.