«Donner l’exemple»: telle est l’ambition de la France. Le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, et le ministre de l’Economie, François Baroin, l’ont martelé vendredi: la France prendra des décisions sur le sujet d’ici la fin du mois de janvier, en vue de l’adoption d’une taxe d’ici la fin de l’année 2012.
C’est un net coup d’accélérateur. Souhaitée de longue date par Nicolas Sarkozy, mais compromise par l’opposition inflexible du Royaume-Uni, la mesure est revenue en haut de l’agenda présidentiel à l’occasion de ses vœux du 31 décembre dernier: «Il faut faire participer la finance à la réparation des dégâts qu'elle a provoqués. C'est une question d'efficacité. C'est une question de justice. C'est une question de morale», avait expliqué le chef de l’Etat promettant rapidement des mesures… Au point de menacer ce vendredi d’y aller sans ses partenaires européens.
Entraîner le maximum de pays dans son sillage…
Le scénario est surprenant mais pas impossible. «Il y a toujours la possibilité pour un pays de prendre une décision nationale, il n’y a pas besoin de l’accord des autres pays, mais ce serait un peu risible de voir le coq gaulois tenter de faire plier le capitalisme financier mondial», souligne l’économiste Christian Chavagneux, auteur de «Une brève histoire des crises financières» (Editions La Découverte).
«S’il faut que la France y aille seule, c’est possible mais en entraînant avec elle le plus grand nombre de pays européens», explique le député PS Pierre-Alain Muet, à l’origine de la résolution en faveur de la création d’une taxe sur les transactions financières déposée conjointement en juin dernier avec ses homologues du SPD devant les Parlements allemand et français.
L’idéal serait d’adopter une mesure au niveau européen dans le cadre d’une «coopération renforcée» qui nécessite l’accord de 9 Etats. L’Allemagne et la Commission européenne ont réaffirmé ce vendredi leur préférence pour cette solution concertée. La Belgique et l’Autriche seraient sans doute faciles à convaincre.
Un message fort adressé aux marchés financiers
Ce noyau dur européen deviendrait ainsi le fer de lance d’une mesure qui pourrait être facilement «mise en œuvre dans l’année», selon les experts.
La base de travail pourrait être le projet présenté le 27 septembre dernier par José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne.
Concrètement, elle prévoit de taxer à hauteur de 0,1% les actions et les obligations et de 0,001% les produits financiers (dérivés). Libre ensuite aux autres pays de les rejoindre et aux différents signataires d’augmenter les taux ou l’assiette de la taxation.
Au total, à l’échelle des 27, la mesure pourrait rapporter «55 milliards d’euros» selon Bruxelles. Un montant qui serait nettement réduit sans la participation de la Grande-Bretagne et dans un scénario à 9.
«Au final, personne ne sait exactement ce que cette taxe peut rapporter. C’est un avant tout un geste politique qui consiste à montrer aux marchés financiers que les Etats reprennent la main et qu’ils doivent contribuer à l’effort financier général», souligne Christian Chavagneux.
«On ne peut pas avoir une crise financière comme on a eu et ne rien faire. Même si c’est un peu une opération de la part de Nicolas Sarkozy pour faire oublier ce qu’il n’a pas fait, avancer sur ce dossier marquera le premier changement dans ce domaine. Et il y a urgence à le faire», analyse Pierre-Alain Muet.
Après ces annonces, le sujet ne manquera pas en tout cas d’être au cœur de la rencontre entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel lundi à Berlin.